Clap de fin

En rangeant mon mini bureau, j’ai retrouvé la progression de troisième que m’avait envoyée Samantdi à la rentrée dernière. C’est un petit signe, comme un gri-gri.

Cette rentrée s’annonce bien différente ; je suis à la fois plus inquiète mais davantage réaliste et expérimentée. Fini l’illusion d’une grande histoire d’amour avec un public lisse et attentif. Fini l’illusion que je patinerais du premier coup parfaitement sans tomber, sans goûter la glace. Fini, l’idée qu’enseigner le français serait la source d’une véritable réparation et donc d’une révélation.

Je m’interroge encore sur ma capacité à me sentir suffisamment sûre de moi face à des quatrièmes et des troisièmes. Il faut être capable de se persuader qu’ils aspirent à une servitude volontaire. Il faut être en moyen d’être ce monarque ferme et bienveillant.

D’un autre côté, je crains de ne pas leur ouvrir de voie et de m’enfermer dans de l’étriqué par besoin de sécurité.

Le pas de l’âne mais un pas de l’âne qui soit capable de sortir du chemin, de vaciller et d’accepter l’incertitude des routes  jamais empruntées.

Qu’est-ce que réussir ?

En fin d’après-midi, j’ai envoyé un sms à ma très chère tutrice, celle qui m’a beaucoup aidée l’année dernière. C’est une chance de l’avoir toujours à mes côtés, celle qui aime tant Cyrano et Romain Gary.

A ceux qui rentrent ou qui sont rentrés, à ceux qui ne rentrent pas, je vous souhaite un très bon premier septembre. Nous quittons la terme ferme des grandes vacances pour une nouvelle traversée.

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Enfants

Mangagirl passe ses journées dans sa chambre, la porte fermée. Que fait-elle ? Elle lit ses mangas, dessine, joue de la flûte et regarde des vidéos de mangas (mais je contrôle le temps de vision). Si elle va volontiers à la médiathèque pour lire des mangas, elle reste très insensible à mes propositions de sortie. Nous sommes allées voir « princesse Kaguya » au cinéma mais notre sortie au Louvre s’est soldée par une mine d’enterrement.

Quant à Avaleur de Steak revenu de vacances, il m’a apostrophée en me demandant comment il était possible qu’on apprenne « il court, il court le furet » aux enfants alors que cette comptine contient une énorme contrepèterie  (en f et c), surtout que la suite est « aux bois Mesdames ». Là-dessus, je lui ai montré la liste de livres qu’il aurait été censé lire pendant l’été si je l’avais découverte avant et que sur la liste c’est marqué, qu’il est indispensable de faire ces lectures avant la rentrée parce qu’après il n’y a plus le temps… Je l’ai regardé en lui montrant la ligne incriminée, il m’a regardée et puis il est parti faire son championnat de jeux mathématiques en oubliant son Mars et sa bouteille d’eau.

Hier j’avais rendu visite à une voisine dont la fille est à « Stan », l’un des collèges privés les plus sélects de Paris. J’ai toujours pensé que ce collège devait être l’enfer pour les élèves mais pour les profs ça a l’air bien cool : zéro problème de discipline, portable interdit, casquette interdite. Chaque année, ils virent les élèves qui ne travaillent pas (sachant qu’ils ne prennent que de très bons dossiers à la base).

Dans mon collège si on avait gardé que les élèves qui sont disciplinés et qui travaillent, on aurait peut-être gardé 6 à 7 élèves par classe. Cool la vie, tu n’as que des très bons élèves terrorisés.  Sa fille a lu 20 livres en 5ème. Avaleur de steak a lu 0 livre pendant l’été alors qu’il entre en première, je culpabilise atroce. Et Mangagirl qui ne lit que des mangas… En plus quand j’ai dit à ma voisine où j’étais nommée, elle m’a fait une moue sincère et pincée genre « ma pauvre » .

Purée, j’ai fait des cauchemars avec des vandales qui venaient me briser les rebords du balcon, ensuite je perdais mon cartable et je ne le retrouvais plus.

Winter sleep

C’est un temps pour aller voir « Winter sleep ». Hier, en arrivant au cinéma l’Arlequin, je regardais la pluie tomber en me demandant si le titre du film était « rainy day », « summer sleep » ou « winter sleep ».

Quel film magnifique ! Au bout d’un moment, j’ai regardé ma montre pour me repérer dans les 3h17 que dure le film et je me suis dit « Zut, il ne reste plus qu’une dizaine de minutes ». Les paysages et l’atmosphère qui se dégagent du film me rappelaient le livre tant aimé de Nicolas Bouvier L’Usage du monde. Dans le générique, le cinéaste dit s’être librement inspiré de Tchékhov.

En sortant vers 5 heures passées, la pluie avait redoublé, je me suis dirigée vers la place Saint-Sulpice. L’eau de la fontaine se mélangeait à celle des trottoirs. Je suis entrée dans l’église Saint-Sulpice, il faisait doux à l’intérieur, j’ai fait le tour des chapelles et me suis assise sur une chaise vers l’entrée.

Dehors la pluie n’avait pas cessé, la rue Guisarde était vide, celle des canettes aussi. On pouvait marcher sur la chaussée sans se presser. J’ai fini chez Pierre Hermé où j’ai choisi plusieurs antidépresseurs, un rose avec des framboises et un pétale grenat, un bien chocolat croquant, et un pêche, poire aux noisettes et cumin. C’est cher, ce n’est pas remboursé par la sécu mais c’est bon. Entre « Winter sleep » et Pierre Hermé, le pas de l’âne m’avait fait prendre de bien jolis sentiers.

Au voleur !

C’est quoi ce temps ? Quelques rayons de soleil le matin, puis ciel gris et vent frais. Me voici avec un gilet, un imperméable, une écharpe autour du cou, me réchauffant les mains autour de la baguette sortie chaude du four du boulanger. Comme si s’habituer à la rentrée n’était pas déjà suffisant, il faut déjà envisager l’automne. C’est quoi cette arnaque ? Rendez-nous l’été !

Je trouve Paris mort. C’est mou, tout est en stand-by. Les affichettes « Fermeture annuelle du 2 au 25 août » fleurissent sur les boutiques. Trottoirs vides, magasins vides. Tout soupire et attend la rentrée. Avec un rayon de soleil et quelques degrés supplémentaires, ça devrait être le paradis mais non, la ville attend au frais.

Sinon, j’ai regardé « Art » de Yasmina Reza avec Lucchini, Arditi et Pierre Vaneck. Ils ont eu le mérite de me faire rire, surtout Arditi. Quel trio d’acteurs !

Voilà, j’ai hâte que tout ça reprenne, que l’on entre dans le vif du sujet. Du nerf, que diable !

Le pas de l’âne

Ce matin, après une nuit vague. Retour de trois semaines de pérégrinations. Tronche de zombi. Gros coup de blues. Pas envie de rentrer. Peu douée pour le bonheur. J’ai ruminé des idées négatives pendant une bonne heure (que je vous épargnerai) et puis j’ai trouvé la solution : le pas de l’âne, c’est-à-dire mettre une patte devant l’autre sur le chemin sans regarder l’horizon, lentement. Le pas de l’âne m’a sauvée (au moins pour une journée) et je vous le conseille vivement en cas de situation similaire. Par ailleurs, rien n’empêche de faire une pause « broutage », d’où mon petit passage sur ce blog.