Figure de style

Elle est concentrée sur son exercice et réfléchit avec sa copine.
« Va je ne te hais point. »
Silence, elles se regardent. Tout à coup, le visage d’Annie s’éclaire, ses grands yeux bleus s’illuminent.
« ça veut dire qu’elle l’aime, c’est une lilote »
J’ai trouvé ça chou « une lilote ». On rectifiera à la correction.

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C’est compliqué de grandir

J’ai fait un petit gratouillis à la porte pour le prévenir que j’allais entrer.
– Tu ne te coucheras pas trop tard.
– Non, non, je règle mon réveil.
Effectivement, il est assis sur son lit et règle son réveil de la main gauche. Du haut de ses quinze ans et de l’autre main, il serre « loulou », son loup bleu en peluche tout doux avec un gros museau.

Cet été, une amie me disait à juste titre, mais tu devrais les prendre en vidéo, les enregistrer. Nous ne sommes pas de grands emmagasineurs d’images. Aussi je conserve ces instants en mots. Les relire plus tard. Lorsqu’ils auront grandi, lorsqu’ils seront partis.

Révolte

On n’avait pas pensé à ça mais le dernier péché mignon de manga girl, le moyen d’énerver ses parents est de faire de la rétention de lavage de petites culottes. Elle ment avec une effronterie qui ne la fait pas ciller. Cela fait maintenant bien un mois qu’on lui explique, hygiène et mathématiques à l’appui qu’il est nécessaire, indispensable, que nous ne transigerons pas sur ce fait : on change de culotte tous les jours. Alors on explique comment faire pour s’en rappeler parce qu’idiots de parents que nous sommes, nous croyons que c’est du ressort de l’oubli et non du calcul jubilatoire. Mettre sa culotte dans le panier de linge sale après la douche, préparer la propre à côté de son sac. Car manga girl n’a aucun argument à nous opposer, d’ailleurs elle ne nous en oppose aucun, elle fait un « oui, oui » visage impassible, air « je fais ce que veux, vive les culottes pourries » et ça recommence, semaine après semaine. Alors on lui montre l’étendoir, l’étendage ou l’étendeur avec 4 slips à papa, 4 culottes à maman, 4 slips à grand-frère (angoisse de se retrouver dans un remake de Boucle d’or, pitié !) et zéro, oui, c’est un fait, regarde, tête de mule, zéro slip à Mangagirl. Donc là c’est décidé, pas d’ordinateur pendant une semaine. Même pour dessiner ? Même pour dessiner.

C’est cela

La fabrique de champions ou voyage en absurdie : j’ai hésité entre les deux titres.
Vendredi soir, en rentrant du lycée, Avaleur de steak se lave les mains et me dit :
– On a écouté de la musique classique pendant une demi-heure aujourd’hui.
– Super et vous avez écouté de la musique pendant quel cours ?
– En sport.
– Vous faites quoi ? (je m’imaginais 39 élèves de première improvisant un ballet moderno-classique )
– Pour dormir.
Et j’en suis restée là. Avaleur de steak est sorti. Avec ce sentiment d’avoir récolté des informations prodigieusement éclairantes sur la scolarité de mon enfant. Visiblement le cours a plu, il a marqué son élève. Peut-être devrais-je m’en inspirer pour les collégiens?