Terminologie

Les enfants nous en apprennent tous les jours. Hier au détour d’une conversation, Mangagirl  m’a appris que nous faisions partie de la catégorie « poils mamelles ». Malgré nos rires, elle nous a amené, triomphante, son cahier de Sciences et vie de la terre où figuraient ces nouvelles terminologies. Il y a une catégorie « plume », une pour les ex-invertébrés et une dernière, une fourre-tout où se trouve notamment l’escargot et qui s’appelle « coquille esseulée » ou « coquille renfrognée », je ne sais plus.

Ce matin dans le métro, je regardais mes compatriotes de la catégorie « poils mamelles » et j’avais envie de rire.

Organisés

Nos quatre jeunes mathématiciens en herbe sont aussi de grands joueurs de cartes. Aussi, dès qu’ils peuvent, ils tapent le carton. Sauf qu’à Singapour, ça ne rigole pas, on mange sans couteau car tout couteau est considéré comme une arme et à 22h30, c’est couvre-feu, dortoir de garçons verrouillé, dortoir de filles verrouillé. Aussi « Charmante », celle qui a eu la gentillesse de nous passer Avaleur de steak au téléphone, s’est trouvée bloquée avec ses trois camarades garçons. C’est alors qu’ils décidèrent d’appeler Otir, leur professeur accompagnateur, et qu’ils s’aperçurent qu’aucun d’eux  n’avait son téléphone. Ce qui montre l’organisation remarquable de cette petite équipe française perdue en Asie. Aussi ils se mirent à réfléchir et appelèrent en France un professeur de mathématiques de leur connaissance. Igor n’avait pas le numéro d’Otir mais il donna celui de Victor. Victor donna celui de Roger et enfin Roger donna celui d’Otir qui ne se trouvait qu’à 400 mètres de notre jeune équipe de choc. Enfin Charmante fut libérée et put rejoindre son lit.

Groin

Avaleur de steak est parti une semaine à Singapour pour une compétition de mathématiques avec son lycée, public, gratuit et obligatoire. Son père lui a envoyé un SMS pour savoir s’il était bien arrivé. Sans réponse.

Nous avons eu quelques nouvelles par les parents d’une autre élève. Frustrant pour son papa qui a fini un jour par appeler sur le portable de l’élève joignable. Celle-ci, charmante, lui a passé Avaleur de steak qui, acculé à la communication, n’a formulé qu’une série de « groin ». Son papa lui a demandé de l’appeler ce qu’il n’a, bien sûr, jamais fait.

Ce matin il est rentré. A mon « bonjour », il a agité la main, genre reine d’Angleterre et à mon « C’était bien Singapour ? », il a répondu « groin ».

 

L’heure d’un bilan

L’heure du bilan a sonné. Après dix-huit mois de blog.

Rendons-nous à l’évidence, ici s’est déposée l’histoire des miens. La fragmentée, celle qu’il fallait remettre ensemble. Elle reste incomplète, inachevée avec ses oublis, ses erreurs, son point de vue. Je ne l’ai pas uniquement écrite pour moi. Il me semble y avoir été poussée.

Est-ce que tout se replie maintenant ? Le reste ne serait-il alors qu’une écriture aux marges ? L’histoire se trouvait-elle ici ?

Je n’ai pas de réponses. Mes seules réponses solides sont ces questions.

J’ai peur d’écrire du vide. J’ai un peu honte de parler de rien et de tout. Pourtant je tiens à ce blog, je tiens au plaisir qui se tisse entre les blogs, dans ces petits pays tranquilles où il fait bon vivre.

Perplexe

On peut donc avoir une terrasse magnifique avec du gazon,  assorti d’un immense appartement en plein Paris et être malheureux.

On peut être talentueux, réussir, faire le métier que l’on aime, être reconnu internationalement et être malheureux.

On peut être aimé passionnément par l’homme de sa vie toute sa vie et avoir des amants et être malheureux.

On peut aller se détendre à Marrakech dans des villas magnifiques et avoir plein d’amis qui vous aiment et être malheureux.

Voilà, c’est la conclusion du passionnant film que j’ai vu hier soir sur Yves Saint Laurent. D’accord j’ai vu Pierre Niney, l’acteur dont on a entendu tellement de bien et il joue bien, certes. Mais pourquoi nous narrer une histoire si navrante ? ça je n’ai pas compris.

Marmotter

L’hiver est une invitation à la paresse. Sous la couette, je fais la sieste. Le teint blanc du ciel. Tout est plus lent. Le drap fraîchement lavé peine à sécher. Rien ne nous invite vers le dehors.  On sent le coulis d’air froid qui descend du haut de la fenêtre.

Dans l’hiver, rien ne presse, même si le temps continue de s’écouler vite, même si la nuit arrive trop tôt. L’hiver est favorable à ceux qui vivent dans les appartements. Pas l’envie urgente de quitter les sols secs des moquettes, des parquets.

Pourtant ce matin, je suis sortie. Le parc ne ressemble plus au parc.  Tout de camaïeux gris et bruns, quelques fleurs ont subsisté, l’aubépine peut être, une rose blanche très simple, formée de quelques pétales et teintée de rose. Le parc ne se ressemble plus car tout est visible, il n’y a plus de secrets, plus de recoins. Le regard traverse les espaces et je peine à reconnaître mes chemins. Buissons, taillis, prairies, le parc est tondu, taillé, nettoyé.

Les vacances

Les vacances sont délicieuses. J’ai abandonné tous les cahiers, juste quelques copies du brevet blanc à corriger. Une vraie pause. L’esprit libre, détaché. La chance aussi d’être à la montagne. Le blanc vous vide l’esprit. L’air pur et froid vous ramone le poumon.

Ski de fond à mon rythme, c’est-à-dire lent, avec des pauses. Observer les cristaux qui brillent. Je lis aussi. J’avais mis de côté L’Usage du monde de Nicolas Bouvier pour en profiter. Un extrait lu l’année dernière, dans le cours de CNED, m’avait donné envie de lire ce livre qui faisait date dans le récit de voyage. Aussi me voici doublement en voyage, passant par la Serbie, l’Anatolie, la Grèce, la Perse, l’Afghanistan des années 50. Bientôt arrivée en Inde, le terme de l’aventure. Description méthodique des paysages, des habitants, des saisons. Impression de l’état intérieur de notre auteur au gré d’un voyage qui le traverse lui-même. Je me régale du pittoresque : piments et guirlandes d’oignons, bleu de perse,  odeur du mouton, ilot d’occident perdu dans la sécheresse, habitants affables ou mystérieux, voiture cahotante constamment réparée, regards curieux, odeur désagréable de l’opium. Tous ces lieux, ces peuples, serbes, macédoniens, tziganes, kurdes, pashtouns, azéris… mais trêve d’en parler, en voici un extrait p382 L’Hindou-Kouch

« Soixante kilomètres au nord de Kaboul s’étend le massif de l’Hindou Kouch. A quatre mille mètres d’altitude moyenne il traverse l’Afghanistan d’est en ouest soulève à six mille les glaciers du Nuristan et sépare deux mondes.

Versant sud un plateau brûlé, coupé de vallées jardins, qui s’étale jusqu’aux montagnes de la frontière baloutche. Le soleil est fort, les barbes noires, les nez en bec. On parle et on pense pashtoun (la langue des pathans) ou persan. Versant nord : une lumière filtrée par les brouillards de la steppe, les faces rondes, les regards bleus, les manteaux ouatinés des cavaliers ouzbeks au trot vers leurs villages de yourtes. Des sangliers, des outardes, des cours d’eau éphémères sillonnent cette plaine à joncs qui s’incline en pente douce vers l’Oxus et la mer d’Aral. On est taciturne. On parle sobrement les dialectes türk d’Asie centrale. Ce sont les chevaux qui pensent. »

J’ai corné des dizaines de pages sur ce lent voyage, tant nombreux sont les passages que j’ai déjà envie de relire.

Le terme de ce billet arrive aussi. Si vous avez eu le courage d’aller jusqu’au bout, cueillez mon petit bouquet de vœux pour l’année 2014 : santé, douceur, espoir, plaisir, découverte.