Beaucoup moins allégorique

Mangagirl est tout excitée. Mais comment vais-je expliquer à son père que sa fille de 12 ans prend demain le métro avec un garçon de sa classe de 12 ans et qu’ils traversent Paris, seuls, pour retrouver une grand-mère à Ledru-Rollin qui les accompagnera faire du shopping de cosplay et de gothic ? J’ai eu la mère au téléphone qui m’a confirmé que la grand-mère n’est pas hypothétique et que son fils a un portable. Mangagirl ne veut ni montre ni portable. Bon, on n’a pas terminé de se faire du mouron… Heureusement, demain, la correction des copies du brevet va probablement m’anesthésier et me rendre amnésique.

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Par le hublot

Le groupe réuni. Certains ne sont pas visibles. De petits îlots d’amitiés : groupes de trois ou de deux. Ne pas se perdre dans la masse. Se réchauffer, se tenir ensemble, se tenir les coudes, passer le temps avec ceux que l’on connaît. La principale au centre, décidée, avance, point par point. Oui, vous. Une main se lève, un arrière-rang arrivé en retard. Position, prise de position. Yeux malicieux, pavé jeté dans la mare, mèche allumée, histoire des arts. La principale commence à s’agacer. Et si vous faisiez un groupe, un groupe de réflexion. Mardi ? non ? jeudi ? non, M. Truc ne peut pas. Pris au piège, serpent de mer. On passe aux récompenses : félicitations, compliments, mise en garde, allez au dortoir, fini, c’est terminé. On les raye, tous d’accord, sans états d’âme. Le règlement intérieur ? On fera un avenant. Putsch, tout supprimer : les conseils, la synthèse des professeurs principaux, on s’anime, on rit. Bon redevenons sérieux. Certains se lèvent pour aller chercher un café, reviennent avec le liquide noir dans un verre en plastique blanc et un finger. Je prends le dernier finger, tant pis. Le vent a soufflé mon stylo.

L’abricotier

En remontant la rue, celle qui mène au métro. Je n’avais jamais vu d’abricotier avant de m’installer dans cette ville. C’est en marchant un soir d’été, en observant sur le trottoir ces fruits mûrs écrasés que j’ai fini par relever les yeux. Au centre de la cour d’une maison, l’occupant presque totalement, cet arbre majestueux était couvert de fruits. C’est un abricotier immense aux feuilles vert sombre, larges ovales partagés par des nervures profondes. Il est magnifique, digne, majestueux, rien ne semble pouvoir le modifier.
Poussé là, offert aux yeux de tous, inatteignable et chaque année, posé en grappe ce fruit à la couleur unique. Si haut au-dessus de nos têtes qu’ils pourraient nous échapper : les abricots, orange dodu, insolents, un peu bêtes sur le feuillage mystérieux. On rêverait d’une porte ouverte, d’un jour où l’inconnu, le propriétaire nous laisserait approcher. Mais comment les cueillir ? Plonger ses dents dans la chair innocente? De nos mains, de nos perches, décrocher, détacher ? Non, l’arbre conserve ces fruits. Il est là, superbe et interdit.