La maîtresse des maîtresses

Une semaine riche en rebondissement. Lundi après-midi la principale m’apprend la venue de l’Inspectrice dans ma classe jeudi à 11 h. Lundi après-midi et cinq minutes plus tard, j’entre dans la salle des professeurs et lance « Purée, je me fais inspecter avec ma classe de troisième ». Mardi à 10 h, j’accueille mes troisièmes avec un « Asseyez-vous, il faut que je vous parle » et leur demande de donner une bonne impression de notre travail en français en entrant calmement dans la classe, en participant et en ne bavardant pas. Mercredi dans la nuit, je passe mon inspection dans une salle curieuse, les élèves ne sont pas là, il y a  juste mes deux enfants assis sur des poufs et l’Inspectrice très gentiment qui me dit : « C’est pas grave, commencez ». Aucun souvenir de mon cours, je me retrouve directement dans un magasin où Natacha Polony essaie de me vendre des habits laids et chers ; tout à coup, je me souviens que je n’ai pas fait l’entretien qui suit l’inspection. Horreur, je quitte le magasin précipitamment et essaie désespérément de retrouver la salle où l’Inspectrice m’attend peut-être encore. Je dévore les couloirs en vain et n’atteins jamais la salle.

Jeudi matin, je regrette ma tentative de brushing et prend la route pour le collège.

11h05 sonnerie.  Les élèves entrent, un petit regard en coin pour la silhouette aux cheveux blonds et au tailleur violet qui s’assoit près de la fenêtre. Ils sont prêts plus rapidement que moi et je capte 25 paires d’yeux qui m’attendent comme un chef d’orchestre. On a rien fait de plus extraordinaire que ce qui était prévu, à savoir une petite séance sur l’Ami retrouvé mais ils ont été nickel : aucun bavardage, bonne participation. 12h05 sonnerie,  l’un d’eux me glisse en sortant « Vous avez été parfaite, Madame ».

L’avis de l’Inspectrice sera plus mesuré avec sa collection de choses qui ne lui ont pas plu, notamment la correction écrite des questions de lecture au tableau. Pendant 15 minutes (montre en main, elle a mesuré), je lui ai tourné le dos pour écrire la correction de six questions au tableau. Correction que les élèves ont religieusement notée dans un silence absolument monacal. Faut dire qu’après 40 minutes d’oral, on était tous bien content de se reposer 15 minutes mais en fait, ce n’était pas une bonne idée (je l’imagine en train de trépigner en écoutant les mouches bourdonner et en regardant nos dos). Sinon elle m’a aussi  dit des choses positives et surtout, cerise sur le gâteau, elle a terminé par « vos élèves vous aiment bien et vous respectent, croyez-moi ».

Conclusion, si je fais une demande d’intégration dans le secondaire, elle y sera favorable.

Tout ça s’est terminé par un goûter vendredi après-midi. Ils étaient nettement moins sages que le jour J. Et puis comme je les aime bien, je leur ai donné deux livres à lire pour les vacances de Pâques au lieu d’un et comme ils m’aiment bien, ils ont à peine râlé…

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Evidence

Cela m’a fait quelque chose de le voir sur scène. Comme si c’était une autre personne. Debout dans son costume noir présentant les œuvres qu’ils allaient jouer. Je ne le reconnaissais pas, Philip, le fils de mon amie Alice, Philip de la petite maison de Bagnolet, Philip maintenant au conservatoire de Boulogne-Billancourt, au milieu de ce quatuor à cordes et puis sur la scène du Théâtre de l’Ouest parisien.

Il avait choisi le programme : Philip Glas – quatuor à cordes N°3 ; Dimitri Schostakowitsch – Quatuor à cordes n°8.

C’était bien, c’était vivant, émouvant.

Et puis surtout, le voir dans son élément, heureux de jouer et de le faire partager.

Coquillages et roses trémières

Parce que de toute façon, elle n’avait aucune chance de l’obtenir.

Parce que l’espoir fait vivre.

Par acquit de conscience.

Parce qu’il faut bien commencer à demander, avant d’obtenir.

Ysé a demandé cette année sa mutation en Charente- maritime

Avec 55 misérables points,

Sans rapprochement de conjoint,

Sans 25 années de demandes non satisfaites,

Sans priorité, sans pot de vin,

Sans raison valable aucune

Ysé a reçu un courrier du SNUIPP, le syndicat officiel des professeurs des écoles : « Nous sommes heureux de vous annoncer que votre mutation en Charente-maritime a été acceptée ».

La vache.

Purée.

Mazette.

Cornichon.

Après vérification sur i-prof, le courrier officiel de l’éducation nationale, elle fera sa rentrée de septembre en Charente-maritime.

Une bourrasque d’air frais, comme un clin d’œil de sa maman qu’elle venait juste de mettre en terre, un envol, des questions, du mouvement, des rêves, un tapis volant, une lampe magique !!!!!!

C’est super et l’aventure lui va comme un gant !

Mes chers troisièmes

Il est vrai que je n’avais pas hésité à prendre un peu d’embonpoint avant la rentrée. Brioche au sucre par-ci, chausson aux pommes par-là, je croquais dans les délices sucrés en me disant qu’à la rentrée, mes troisièmes me feraient bien perdre un tour de taille.

Lundi et jeudi en demi-groupe, ils étaient intéressants en atelier philosophie sur le sujet de l’identité.

Mardi, ils m’ont demandé si nous ferions à nouveau un sujet de réflexion. « Bien sûr , ai-je affirmé, mais vous pouvez aussi vous entraîner en faisant des annales ». Mon dieu, que n’avais-je pas dit là ! Encore un mot à bannir… J’ai mis une heure à comprendre pourquoi cette phrase avait provoqué autant de remous mais j’ai fini par comprendre.

Jeudi, je me suis énervée car huit d’entre-eux n’avaient pas leur livre. Mais jeudi, j’ai eu aussi envie de zigouiller un certain nombre de sixièmes. Bon alors, ça compense.

Vendredi en dernière heure de l’après-midi, je leur ai prodigué une leçon minutieusement préparée sur le conditionnel. Bavardage par-ci, bavardage par-là, j’avais envie de les zigouiller. Aussi lorsque la sonnerie a retenti et que je leur ai demandé de mettre les tables sur les chaises (au lieu des chaises sur les tables), j’ai été presque étonnée qu’ils s’en amusent. Comme quoi, ils m’écoutent finalement.

En repartant, un peu découragée, je me suis demandée si j’arriverais un jour à me poser définitivement dans une classe de troisième, à ne plus me sentir épuisée comme un dompteur sortant de sa cage. Est-ce que j’avais fait le bon choix ? Est-ce que je pourrais m’améliorer, progresser dans la gestion de classe ?

Et puis, à chaque jour suffit sa peine, il fait beau, que m’importe ! Je n’ai même pas perdu un tour de taille, encore moins l’appétit, je n’arrive plus à les détester sur la longue durée, je pense déjà à les revoir mardi même si je suis prête à endosser mon maladroit costume de dompteuse.