famille de mots

Les 3emes lisent un poème de Yannis Ritsos qui évoque sa captivité dans un camp de rééducation après le putsch des Colonels. La prison se trouve sur une île grecque et les hommes, par une nuit d’avril, respirent les effluves « d’un citronnier abandonné dans un verger sauvage ».

– C’est quoi un citronnier, Madame ?

Le pire c’est que je ne doute pas une seconde de la sincérité de sa question. Yanou n’a pas dû dépasser le bout de sa rue et passe son temps à jouer à des jeux vidéo. Je reste sérieuse mais ma réponse fait glousser la classe.

– C’est un arbre où poussent des citrons.

Puis saisie par le doute, ne voulant pas laisser la signification d’un mot dans le flou, je demande :

– Vous savez ce qu’est un verger ?

Et sa voisine de derrière répond avec la même sincérité :

– C’est pas là où poussent des verges ?

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On est mal partis

Tout à coup au milieu d’un cours, l’alarme Panique à bord a retenti. Ce n’était pas l’alarme incendie mais l’alarme qui correspond au Plan de Protection et Mise en Sécurité. Généralement pour ces alarmes nous prévenons les élèves car ils doivent adopter des attitudes particulières. Or là personne n’avait été prévenu, ni les professeurs, ni les élèves. On s’est donc regardés d’un air « Mais qu’est-ce qu’on fait? » Fallait-il se cacher sous les tables ? S’enfuir dehors ? Scotcher les fenêtres ? Tirer les rideaux ? J’ai fini par aller fermer la porte à clé en laissant les clés sur la porte pour empêcher toute intrusion rapide. Oui mais si finalement c’était un incendie… Je suis allée rouvrir et puis finalement nous sommes descendus dans la cour parce qu’une autre classe y était. Les plombs avaient disjoncté entraînant une fausse alerte. La majorité des classes n’a rien entendu ou n’a eu aucune réaction.

Conclusion : en cas de vrais problèmes, ce sera la grande improvisation, mais ça on s’en doutait.

Sur un air d’autrement

Vendredi soir, le collège fêtait Noël. M. Mati professeur de SVT avait réussi à transformer notre salle des profs étriquée en un joli bijou : nappe en papier rouge, neige artificielle, bougies, lumières tamisées, assiettes argentées. C’était vraiment une surprise agréable. Les collègues étaient détendus et après deux ou trois petits verres de blanc ou de rouge, un rhum trafiqué, nous avons bien rigolé en écoutant « Boys don’t cry » et « 99 luftballons ». Le temps de cette brève soirée j’ai pu découvrir que certains de mes collègues pouvaient être aussi drôles ou attachants. J’ai même eu envie de fumer une cigarette. Trente ans que je n’avais pas fumé (je n’ai jamais vraiment été fumeuse), la première bouffée m’a mise les jambes en coton. Assise sur le banc dans la cour, à écouter la principale qui se foutait un peu de ma gueule et qui a allumé sa cigarette avec la mienne comme si on était en colo. Lorsque tout le monde est rentré de sa pause cigarette, je suis restée seule au milieu de la cour et j’ai regardé les étoiles, le faisceau de la Tour Eiffel. J’étais bien, tranquille même si le froid m’enveloppait insidieusement. J’ai découpé dans la nuit ce doux moment.

La rentrée

C’est mettre le réveil et reprendre le chemin de l’école. Distribution de bises, retrouver la salle des professeurs, envoyer discrètement des messages aux collègues partis vers d’autres horizons pendant que la principale anime la plénière, faire des hypothèses et des blagues sur les nouveaux, récupérer après deux heures de suspense insoutenable nos emplois du temps et puis boire un petit coup de blanc, croquer la saucisse et les crudités, se prendre la tête trois heures pour organiser la désorganisation liée à la nouvelle réforme, si bien résumée par une collègue « déplacer des montagnes pour accoucher d’une souris ». Et puis voilà la rentrée des petits 6eme, briqués, lustrés, propres et parfumés. On en profitera quelques semaines tant qu’ils sont bien congelés et mignons. On n’est pas particulièrement pressés de faire connaissance avec les 3emes la semaine prochaine.

 

Retour

Un vent de panique a soufflé au collège lorsqu’une rumeur s’est propagée entre midi et 13h : Pif Bouffi revient. « Je vous l’avais prédit, s’est exclamé le prof de techno, ils ne la garderaient pas plus d’un trimestre ». Et effectivement, le collège privé où Pif Bouffi redoublait sa troisième ne l’a gardée que 3 mois. Depuis le 1er décembre Pif Bouffi est déscolarisée ; la principale du collège lutte depuis un mois pour ne pas la récupérer mais comme personne ne la veut, Pif Bouffi fera de nouveau partie des effectifs jeudi 21 janvier. Branle-bas de combat  général, activation maximale de tous les professeurs principaux de troisième pour trouver les bons arguments pour ne pas récupérer Pif Bouffi dans sa classe.

Petit moment drôle

J’ai profité que ma classe de 6ème fasse un exercice pour écrire un mot au tableau à l’attention des 3èmes que j’allais avoir quelques minutes plus tard. Ce mot annonçait le contrôle commun de français pour toutes les classes de 3ème.

Retournant à mon bureau, j’ai senti un frémissement, j’ai vu des yeux ronds chez mes petits 6ème. « Ne vous inquiétez pas, leur ai-je dit, ça concerne les 3èmes ». Et puis, cela a sonné, ils sont partis et sont entrées les grandes frites.

Très rapidement, avant qu’ils ne s’assoient, j’ai senti de nouveau un frémissement, j’ai vu des yeux exorbités, incrédules, révoltés. Non, mais Madame…

Alors je me suis tournée et j’ai relu :

« Le contrôle commun de français aura lieu le lundi 25 janvier de 8h à 18h en salle 24. »

Pas de bol

Il était discret. Il venait d’arriver dans notre 3eA après avoir passé un an dans une classe spécifique pour les élèves arrivant de l’étranger. Et puis, pas de chance, ce jeune ukrainien rondouillard a eu une remarque, une croix dans son carnet de correspondance par son professeur d’histoire géographie. Alors de rage, à côté de la remarque, à côté du nom du professeur, il a écrit « salope » en cyrillique. Sauf que pas de bol, il est tombé sur le seul professeur du collège qui parle russe. Confusion, colère noire du professeur et un jour d’exclusion.

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