Beurk

C’est un si joli prénom. Ironie du sort c’est mon deuxième prénom.

Je ne sais pas si je vais aller au bout du Voyage au bout de la nuit. Pourtant, il le faut. J’aimerais comprendre la fascination littéraire qu’exerce cet auteur qui n’avait pas le droit de cité à la maison. Ce livre, j’avais déjà essayé de le lire plus jeune. Mais vite déçue ou désarçonnée, je n’étais pas allée bien loin.

Puisqu’il s’agirait de faire le commentaire composé d’un extrait,  je vais lire ce texte dans son intégralité en me forçant.

Ce sera difficile de faire une lecture objective.

La question est bien : est-ce que Céline doit rentrer dans le corps de la littérature de l’éducation nationale ? Peut-on séparer l’homme de l’œuvre ? Peut-on faire admirer l’œuvre de Céline ? Expliquer l’homme, dire que c’était mal mais que l’on peut admirer ce qu’il a écrit.

Visiblement oui, puisque c’est déjà fait.

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Partie d’ici, arrivée là

Je me suis inscrite au cours de français de Première proposé par le CNED.

Pourquoi ?

Parce que je n’ai pas le bac français ? Non

Parce que je m’ennuie le soir et le week-end ? Non

Parce que je n’ai pas assez de choses à faire ? Non plus.

Alors pourquoi ?

Si je renouvelle ma demande de détachement (d’instit à prof de français), si je demande cette fois ci le rectorat de Versailles, si toutes les étapes fonctionnent et que l’année prochaine je suis nommée quelque part, ce serait pas mal que je me remette dans les rails (et que j’arrête de laisser trainer des fautes d’orthographe).

J’ai potassé pas mal de choses l’année dernière mais l’avantage du cours, c’est qu’il y a des exercices, le jargon actualisé, et les indémodables commentaires et dissertations.

En passant par Voltaire, je suis revenue à Pascal. Pascal considérait le                  « divertissement » qui nous détourne de la réflexion, comme « la plus grande des misères ». Pour Voltaire au contraire l’action est la clé du bonheur humain : « L’homme est né pour l’action, comme le feu tend en haut et la pierre vers le bas. N’être point occupé et n’exister pas est la même chose pour l’homme »

Voici quelques extraits des Pensées

« Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés pour se rendre heureux, de n’y point penser. »

« Rien n’est plus insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent il sortira de son âme l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir. »

« Tout ce monde visible n’est qu’un trait imperceptible dans l’ample sein de la nature. Nulle idée n’en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n’enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C’est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin c’est le plus grand caractère sensible de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée. Que l’homme, étant revenu à soi, considère ce qu’il est au prix de ce qui est ; qu’il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature ; et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j’entends l’univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même son juste prix. Qu’est-ce qu’un homme dans l’infini ? (…) Car enfin qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d’où il est tiré, et l’infini où il est englouti. Que fera-t-il, sinon d’apercevoir (quelque) apparence du milieu des choses, dans un désespoir éternel de connaître ni leur principe ni leur fin ? Toutes ces choses sont sorties du néant et portées jusqu’à l’infini. Qui suivra ces étonnantes démarches ? L’auteur de ces merveilles les comprend. Tout autre ne le peut faire. »

« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui ; l’univers n’en sait rien. Toute notre dignité consiste dons en la pensée. C’est de là qu’il nous faut nous relever, et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale. »

Voici un extrait de la Lettre XXV des Lettres philosophiques. Voltaire s’oppose à Pascal. Il voit en lui un fanatique qui égare l’homme dans la métaphysique et le dégoûte de la vie terrestre .

« J’ose prendre le parti de l’humanité contre ce misanthrope sublime ; j’ose assurer que nous ne sommes ni si méchants ni si malheureux qu’il le dit (…) Pour moi quand je regarde Paris ou Londres, je ne vois aucune raison pour entrer dans ce désespoir sublime dont parle M. Pascal ; je vois une ville qui ne ressemble en rien à une île déserte, mais peuplée, opulente, policée, et où les hommes sont heureux autant que la nature humaine le comporte. Quel homme sage qui sera plein de désespoir parce qu’il ne sait pas la nature de sa pensée, parce qu’il ne connaît que quelques attributs de la matière, parce que Dieu ne lui a pas révélé ses secrets ? Il faudrait autant se désespérer de n’avoir pas quatre pieds et deux ailes. Pourquoi nous faire horreur de notre être ? Notre existence n’est point si malheureuse qu’on veut nous le faire accroire. Regarder l’univers comme un cachot, et tous les hommes  comme des criminels qu’on va exécuter, est l’idée d’un fanatique. »

Le texte de Pascal me touche directement au cœur. Son style n’est-il pas effectivement sublime ? L’ironie voltairienne semble à peine effleurer ce grand frisson. Bien sûr on peut se moquer de ce génie visionnaire. Bien sûr on préférera « les Délices » et le jardin voltairien à l’austère Port-Royal. Avec Pascal nous sommes parfois si près de l’insupportable vérité, au bord de ce gouffre, retenu par un souffle. Bien sûr la facilité, la sagesse, l’instinct nous pousse à la fuite, à l’action.

Mais puisque cette action me ramène à Pascal et à la pensée. Suis-je perdue?

 

 

Pschitt!!!

Après une journée de classe que j’ai terminée en me disant que finalement j’allais remettre en place un tableau avec des points de comportement. Objet auquel j’avais renoncé le dernier trimestre de l’année passée, me disant que la phrase « Machin, tu perds un point de comportement » produisait une note discordante dans le climat d’amour et de respect que je souhaitais créer dans la classe.

Donc après une journée, où les élèves parlaient tout fort n’importe quand, jouaient dans les rangs, sautaient les marches des escaliers, me redemandaient les uns après les autres ce que j’avais répété 10 fois, genre : on met où la feuille? Au crayon papier ou au stylo bleu? Aux feutres ou aux crayons de couleur? Donc après cette journée, je suis allée me détendre au forum de ma bonne ville. Le forum c’est le genre d’évènement obligé si tu veux inscrire tes enfants à différentes activités. Soit tu fais la queue des heures pour les inscrire, soit on te donne les explications pour que tu saches quel jour, à quelle heure et où, tu vas faire la queue des heures. Tout ça dans un brouhaha, une odeur de moquette et panneaux plastiques.

Pourquoi, je vous dis tout ça ? Où et-ce que je voulais en venir ? C’est à ce moment là qu’on s’aperçoit qu’en fait on est passablement énervé alors qu’on s’est efforcé de rester calme toute la journée.

Parce qu’en plus le créneau de tennis de A. tombe sur son créneau de conservatoire, qu’il va falloir supplier et espérer un changement de créneau, etc., etc.,…

Aurai-je le temps de suivre un cours au CNED? de faire du taï-chi? d’aller à la piscine? de bloguer? de me lancer dans cette procédure de détachement vers le secondaire? de m’occuper des enfants? de la maison? et de mener quelques projets dans ma classe?

Oui!

Le tout en étant sereine, pas angoissée, décontractée.

Non!

T’as renoncé au chi-kong. Il n’apparait pas dans ta liste. En fait c’était ça la question. Du chi-kong ou pas de chi-kong?

Par contre tu ne renonces pas au carré de chocolat que tu vas manger dans les minutes qui suivent. Un carré (On n’est pas à Sparte!)

– demander à nouveau mon détachement pour enseigner le français au collège dans l’académie de Versailles avec le risque de me retrouver plus loin avec des ados en plein âge bête ( je suis à 300 mètres de mon école d’enfants sages)?

– respecter moi aussi les 3 jours sans écran?

– arrêter de manger du Nutella ou du chocolat une fois que les enfants sont couchés?

Tergiversations

Tout serait si facile si tout était simple. On ne se poserait pas de questions, pas d’hésitations. On se donnerait le droit de s’arrêter là. Bien assis sur son petit rocher tranquille, les rideaux coquelicots aux fenêtres, la table bien mise, le doux bruit du flux et du reflux quotidien mais voilà  tout ne devient-il parfois insupportable s’il se teinte de fini. Car voilà, ce serait fini,  ce serait tout, voilà où l’on aurait abouti, où l’on resterait à quai pour un long temps. Une fuite alors ? Un besoin de mouvement malgré tout ce qui nous retient ?