Le biface

Très tôt dans l’histoire des hommes, le biface a su faire évoluer l’espèce et son cerveau.

Tout récemment encore l’ardoise biface a démontré son remarquable potentiel.

Krousty (pour ne pas le nommer) est capable d’écrire une réponse insipide sur une face et sur l’autre « Alicia crote de nez ». Quand au fils de la maîtresse, Avaleur de steak (pour ne pas le nommer) il lui confie jouer au morpion pendant le cours de chinois. D’un côté le caractère de chinois, de l’autre le tableau de morpion. Quand il lève son ardoise, son voisin de derrière coche une case.

 

Paysage

Dans le cadre de la fenêtre se tend la toile du paysage. Là où le regard s’étend et se dilue. La rue peut être un paysage vivant. Regardeur passif et immobile. Le folklore des passants toujours renouvelés.

Combien de paysages connaîtrons-nous ? Ceux où le regard se pose.

Combien de paysages en nous ?

Quand je retourne dans la chambre bleue, je vois le grand mur de briques irrégulières, un peu sale. Des heures durant, à gauche de mon bureau, ce bloc rougeâtre, morceau de l’immeuble d’en face serré autour de l’étroite cour, puis à droite brutalement la verticale du ciel.

Je comprends le paysage. Comme une dissolution.

Combien de paysages ? Tu te souviens de ce grand trou béant, l’usine pas encore tout à fait démantelée. Comme une pointe, se dire que ce serait un de ses derniers paysages.

A travers l’angle de la fenêtre.

Un grand voile noir s’est maintenant posé, qui éteint tout. Il n’y a alors plus rien à dire. La fenêtre ne montre plus rien que des reflets bien dessinés.

 

Balayer

18h15 c’est la fin de l’ heure bleue. Les grandes masses noires s’installent dans le paysage. Pourtant ces minutes que nous avons déjà gagnées sur le solstice d’hiver sont déjà bien agréables.

Il y avait du monde aujourd’hui place Denfert-Rochereau. Ce matin, alors que les volets étaient encore clos, j’entendais les bourrasques de vent. Puis les volets ouverts m’ont laissé voir un rideau de pluie dense et incliné. Tant pis, j’étais prête à me mouiller. Cape de pluie au fond du sac, gros tennis, col roulé, gants et capuche. Rejoint 3 autres manifesteurs, le train jusqu’à la gare Montparnasse, à pieds le long de la rue Froidevaux. C’est là où l’on se sent d’un certain âge car la place, les avenues étaient remplies par des jeunes. Indiscutablement, la jeunesse s’était mobilisée. Des parapluies arc en ciel, des balais pancarte « Balayons les préjugés », des brosses de toilettes  «  Aux chiottes l’homophobie ». Il y avait tant de monde qu’à 15H30 nous étions toujours place Denfert-Rochereau. Par un chemin de traverse, nous avons rejoint le boulevard Montparnasse, puis le boulevard Saint-Michel. Les cieux qui semblaient le matin vouloir nous montrer leur désaccord, avaient changé d’intention car le soleil et un ciel couleur layette avaient chassé la pluie. Il faisait bon de marcher enfin dans ces grandes avenues toujours réservées aux voitures. Il faisait bon de marcher dans cette foule tranquille et joyeuse. Il faisait bon de se dire que nombreux aussi étaient ceux qui soutenaient l’égalité pour le mariage et l’adoption.

Promesse

Lorsque j’ai tapé « graines de roses trémières » dans le moteur de recherche, j’ai été surprise de ne pas voir pléthore de jardineries s’afficher. Un malheureux sachet chez Truffaut avec des roses doubles un peu sophistiquées. J’ai fini par cliquer sur ebay ne comprenant pas pourquoi ce site arrivait parmi les premiers .

En fait, j’ai découvert  un vaste marché de graines vendues directement par des particuliers. Je viens ainsi de recevoir dans un sachet de papier coupé soigneusement aux ciseaux 20 graines de rose trémière bretonne. Il est indiqué : semis en godet 50% terreau et 50% de sable de rivière ou sur terre riche en sable (ex : allée gravillonnée). Bon, on va improviser avec le balcon, un pot et la terre qu’on trouve. J’espère en passer aussi à Alice et Ysé qui ont un jardin.

 

Beurk

C’est un si joli prénom. Ironie du sort c’est mon deuxième prénom.

Je ne sais pas si je vais aller au bout du Voyage au bout de la nuit. Pourtant, il le faut. J’aimerais comprendre la fascination littéraire qu’exerce cet auteur qui n’avait pas le droit de cité à la maison. Ce livre, j’avais déjà essayé de le lire plus jeune. Mais vite déçue ou désarçonnée, je n’étais pas allée bien loin.

Puisqu’il s’agirait de faire le commentaire composé d’un extrait,  je vais lire ce texte dans son intégralité en me forçant.

Ce sera difficile de faire une lecture objective.

La question est bien : est-ce que Céline doit rentrer dans le corps de la littérature de l’éducation nationale ? Peut-on séparer l’homme de l’œuvre ? Peut-on faire admirer l’œuvre de Céline ? Expliquer l’homme, dire que c’était mal mais que l’on peut admirer ce qu’il a écrit.

Visiblement oui, puisque c’est déjà fait.

Lucy

J’expliquais à Mangagirl pourquoi j’allais manifester devant le ministère de l’éducation nationale. Notamment je suis contre l’augmentation de la pause méridienne et pour le samedi matin au lieu du mercredi matin. Après avoir fait un bond dans son siège, elle m’a dit :

« Mais t’es folle, on va plus avoir le week-end en entier ! »

De toute façon, l’année prochaine tu seras en sixième, alors ça ne te concerne pas, tu auras cours le mercredi matin, lui répondis-je.

Elle m’a alors expliqué que ce qui changeait au collège, c’est qu’on revoyait tout mais en plus « élaboré ». Notamment en sciences, histoire et géographie. Par exemple, me dit-elle, on revoit la Préhistoire, mais on apprendra combien de poils avait exactement Lucy.

Ils sont « trop chou » ces futurs petits sixièmes. Ça reste encore des petits.

Le cri de la jungle

Il y avait le choix entre un commentaire composé sur Notre-Dame de Paris de Victor Hugo (bof) et l’écrit d’invention à partir d’un extrait de La Jalousie d’Alain Robbe-Grillet (là ça devenait intéressant).

Jamais fait encore ce type d’épreuve parce que de mon temps il n’y avait que le commentaire composé ou la dissertation. La consigne était la suivante : vous réécrirez et prolongerez le texte en faisant un récit à la première personne raconté du point de vue du mari caché derrière la fenêtre et regardant sa femme et Franck. Votre récit commencera par la description subjective de la scène, assortie d’interrogations et d’interprétations du narrateur ; puis vous enchaînerez sur un monologue intérieur permettant de rendre compte de ses sentiments et de faire sentir chez lui la montée progressive de la jalousie.

L’extrait décrivait  l’arrivée  de A… et Franck sortant d’une voiture bleue. La vision se faisait par le reflet déformé d’un carreau de la fenêtre d’une salle à manger.

C’est à la fois périlleux et excitant de se glisser dans la peau du narrateur de Robbe-Grillet, en tout cas de vouloir lui donner une identité, un point de vue, des mots.

Je viens de recevoir le corrigé type du CNED et me suis beaucoup amusée à le lire. Le correcteur a pris le parti de changer de style (il parle ici de Franck):

« Evidemment il est grand et fort ! Il joue de ses yeux bleus, de son élégance et de sa voix grave pour s’imposer. Finalement c’est un bellâtre, et c’est tout ! Ce type est à l’opposé de moi, et il en profite pour prendre ma femme ! Mais c’est fini maintenant ce schéma du gros musclé qui séduit toutes les femmes : Johnny Weissmuller est mort et enterré depuis longtemps ! Mais c’est vrai qu’elle doit s’ennuyer ici… je suis un solitaire perdu dans mes bouquins, enfermé la plupart du temps dans mon bureau… je n’ai pas le goût de bavarder des après-midi sur des bêtises comme ce bon à rien de Franck qui n’a rien dans la cervelle. Et maintenant, que va-t-il se passer ? Elle ne peut pas me quitter pour cet imbécile, ce n’est pas possible ! »

L’irruption de Tarzan avec son petit maillot filmé en noir et blanc me fait certainement plonger, avec le correcteur, dans des souvenirs communs.

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