Clo

Je n’ai jamais parlé d’elle car elle lisait le blog. Clothilde est décédée mardi 9 avril 2019. Elle venait d‘avoir 47 ans. Son enterrement a eu lieu hier à la Chapelle-Thémer près de Niort. Clo est donc restée là-bas, séparée de nous par une plaque tombale. Depuis plusieurs années elle ne supportait plus Paris, elle a préféré ce petit coin de Charentes paisible. Pour ses parents, elle était leur fille unique ; elle laisse aussi son jeune fils de 10 ans et son mari. Comment parler de Clothilde alors que pendant huit ans elle a vécu et combattu si courageusement et patiemment la maladie? Comment ne pas être en rage contre cette injustice et ce bras de fer cruel ? J’ai rencontré Clo en Licences de lettres en 1991. Je peux entendre son timbre de voix, son rire, je peux voir les lieux où elle a vécu, sa manière de toujours bien agencer son intérieur, son goût exquis pour la décoration, la couleur, la lecture. Elle ne posait jamais de jugement, tout en elle était léger mais réfléchi. Elle était originale et douée de ses mains. A 39 ans on lui a découvert un cancer du sein métastasé. A partir de là tout a changé même si souvent elle a fait semblant de rien, même si elle rêvait d’ailleurs et de projets, même si elle a sans cesse, sans cesse repousser la mort. Tout ce qu’elle a affronté et dont nous évitions de parler me semble aujourd’hui d’une violence encore plus inouïe. Je suis triste. J’aurais préféré changer une case à cette histoire et que tout cela n’arrivât pas.

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Confidences

A la question « Comment faites-vous pour apprendre une leçon ? », Gaby, une petite 6eme, me confie que parfois, après avoir lu et récité dans sa tête, elle fait le poirier parce que ça peut aider la leçon à descendre dans le cerveau. C’est sa mère qui l’a dit.

A la question « ça va ? », Celia la jeune stagiaire de français finit par m’avouer que les enfants ça va à peu près mais les adultes… c’est l’horreur. Bien qu’elle ne connaisse l’établissement que depuis 10 jours, elle n’en peut plus des médisances, des deux clans, de machin qui lui explique sur un ton doctoral « la bonne méthode », de truc qui lui envoie un texto lapidaire, de bidulle qui lui recommande de ne rien partager avec machinchouette, de psychorigide qui lui a donné un mode d’emploi très précis de l’utilisation de « sa salle » et de «son ordinateur »… Je la félicite pour la rapidité de son analyse psychologique de la situation. « Mais comment fais-tu ? » me demande-t-elle. Franchement, je ne sais pas trop ; en dehors d’éviter assez régulièrement la salle des profs et la cantine. On rigole un bon coup et puis c’est reparti.

les petits mots de mon père

Les petits mots de mon père que je veux garder :

– un smartophone pour un smartphone

– champagne Malabar pour Champagne Malart

– ça pète ou ça casse pour ça passe ou ça casse.

à claire-voie

Des vacances je veux garder le son des vagues entrant dans la maison par quelques murs à claire-voie, le crissement furtif des pattes d’oiseaux et de lézards dans la charpente visible du toit. A l’intérieur, à l’extérieur, interpénétration douce des espaces, la séance de yoga matinale sur la terrasse. Par cette porte entrent, les textures et les parfums des fruits, le face à face avec les poissons bleus, jaunes et les calamars phosphorescents, le granit gris et rose sur une plage presque blanche.

Tristesse

A ce retour de vacances, je ne pourrai pas parler des jolies couleurs sans faire part avant de ma tristesse, celle d’aller sur le blog de Mab et d’y lire un article de sa fille. J’ai vite compris que quelque chose avait déraillé. Je me suis dit que c’était impossible, qu’il n’y avait eu aucun signe avant-coureur. Et puis si, en allant sur les blogs du Goût et d’Heure-Bleue, j’ai compris que c’était arrivé. Mab était partie, aussi vite qu’une étoile filante, elle n’écrirait plus. Je peux imaginer la détresse de sa famille. Ceux qui passent par ici ont dû la lire et la connaître : elle va nous manquer, ses billets quotidiens nous manquaient déjà. Je pense à ses petits-enfants, à sa fille, à son mari auxquels elle était tellement attachée. Je pense à son réveil matinal, à son jardin; elle m’avait gentiment proposé des graines de rose trémière. Cette perte m’a fait réfléchir à la blogosphère, aux liens immatériels qui s’y tissent. Nous nous lisons, nous nous écoutons, parfois aussi nous nous taisons mais combien de choses s’échangent ainsi en silence. Des choses qui étaient enfouies, difficiles à dire ou bien tout simplement le flux léger de la vie. Mab tu vas me manquer, tu vas nous manquer. Merci pour tes billets et toute la générosité qui s’en dégageait. Merci pour ta lecture et tes commentaires. J’espère que tu es bien là-haut et que tu as trouvé un petit coin pour jardiner dans les nuages. J’ai lu que tu avais fait don de tes organes : chapeau, bravo!!! Tu nous auras épatés jusqu’au bout. Respect grande dame et à bientôt.

journal

Jeudi 26

C’est l’impression incroyable produite par le jet d’eau fraîche lors d’un shampoing chez le coiffeur. La sensation immédiate d’une cascade, la couleur vert jade apparaît, les sons même, et l’eau coule, irrigue tous les capteurs de l’imaginaire. Quelle volupté !

Vendredi 27

Contes de Juillet. Les pérégrinations sur la base de loisirs de Cergy continuent au cinéma l’Arlequin. J’y retrouve N. une amie du lycée. Après le cinéma, nous allons discuter au café. L’orage qui grondait depuis plusieurs heures éclate. Un déluge tombe à plusieurs reprises rue de Rennes. Quand nous repartons, Paris est trempé.

Samedi 28

C’est la rencontre qui manque. Partir à la découverte. Rencontrer.

Deux

C’est un regard sur elle puis un geste. Sa main à lui caresse et suit le contour de sa tête à elle. Ils sont assis sur une banquette de métro, on les voit de dos ou parfois de profil. La main du jeune homme lisse les cheveux blonds (probablement fausse blondeur, un châtain avec des mèches) et s’attarde sur des détails de la peau, ses doigts s’arrêtent sur un détail peut-être une imperfection , le regard s’y pose, puis les lèvres, un rapide baiser. Ces gestes caractéristiques signent le doux amour. Comment regarder l’aimé ? Ils s’embrassent lentement, on ne voit que son cou penché à lui mais leurs mouvements sont lents. Quand ils se séparent, ils deviennent silencieux. Jamais on ne voit son visage à elle, toujours lui de profil. Un visage mat, un nez busqué, des yeux et des cheveux bruns. Puis elle l’a saisi par la nuque, un geste qui semble plus fort et passionné, une boucle brune s’échappe de sa main blanche, il a incliné sa tête et ses mots à elle lui glissent à l’oreille. Le jeune homme descend à Pasteur, se retourne sur le quai, un geste de la main pour lui dire au revoir. A quoi ressemble-t-elle ? On n’a vu que sa nuque.

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