Dur, dur, le dernier mois.

Un premier sixième me demande « On colle la feuille, Madame ?». Oui, je l’ai déjà dit. Un deuxième sixième me demande avec une fraîcheur certes innocente « On la colle la feuille Madame ? ». Et je réponds « Le prochain qui me demande si on colle la feuille, je le colle ». ça tombait bien, on venait de faire une leçon sur le sens figuré et le sens propre.

Quant aux troisièmes, ils sont proches de l’état végétatif. Ils connaissent par cœur la date de la fin de saisie des notes, au point que c’est eux qui m’ont prévenue que si je faisais une évaluation la semaine prochaine, je ne pourrai pas rentrer les notes sur le système informatique. Ils connaissent par cœur la date de leur conseil, jeudi 5 prochain. Ils me font progressivement comprendre que je ne vais plus tirer grand-chose d’eux. Ils sont bavards. Mais tant pis, il me reste un petit bout de poésie engagée à terminer et la nouvelle Cannibale à faire.

Enfin je me traîne la phrase complexe dans les trois niveaux, 6ème, 5ème, 3ème.

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Sans souci

En rentrant de la piscine, en voiture, je croise des collégiennes qui rentrent chez elle, sous la pluie drue, sans manteau, un gilet ouvert sur un tee-shirt, les cheveux humides et je pense à Manga girl. Arrivée à la maison, je l’entends sous la douche, à midi, fait exceptionnel. Je soulève une paire de chaussettes, liquides, et j’attends curieuse.

J’apprends alors, qu’elle vient de faire deux heures de course d’orientation dans le parc. Tu aurais pu prendre un k-way. Pas grave parce qu’Eléonore avait un parapluie et lui a prêté un petit manteau. (J’imagine que la mère d’Eléonore était au courant). Mais au parc, plus le droit au parapluie, alors ça fait floc, floc, l’eau déborde des tennis. Trempées, trempées jusqu’à l’os. Transies mais fières d’elles. La prof les a chaudement félicitées de leur courage.

Accrochée à l’aiguille du temps

Bagneux. Dimanche 18 mai. Certaines rues  de la ville sont fermées à la circulation. Jour de vide-grenier. Se retrouver dans l’allée des marronniers. Faire du trafic de vêtements avec Ysé. Elle repart avec son camélia. Sur la tombe de sa mère, un artichaut violet près de la croix, fleurs de rocailles, flacons en verre ponctués de marguerites aux couleurs vives. Après s’être dit au revoir, j’avance la voiture allée des Micocouliers. La tombe de mes grands-parents. Les cailloux islandais sont toujours là, noirs et volcaniques.

La vie et l’énergie palpitent sous ce temps bleu. C’est la première fois que je suis seule à côté de leur tombe. Je regarde les cheveux épais et blonds de ma grand-mère, les dates, le visage de mon grand-père. Mais aucune des photos ne ressemblent vraiment à leur image. Essayer de raconter leur histoire. Ne pas être sûre que ce soit juste. C’est tout ce que je leur ai dit.

Accrochée à l’aiguille du temps.

Sur un petit nuage

Du transat à l’imaginaire je rêve. Tout est libre, tout est possible, plus rien n’est retenu. L’esprit nous rend immatériel. Rêver les yeux fermés sous le soleil. Rêver les yeux fermés sous la couette. Explorer le monde que l’on dessine. Chair et paysage, mots qui dialoguent ensemble. Qu’il est doux de rêver !

Lorsque que je n’ai plus d’histoires à me raconter, de personnages à faire vivre, la vie est réduite à être dans le réel. Rêver est un signe de bonne santé.

Reprise

Mardi les troisièmes ont été mignons ; vendredi ils se sont permis de me chahuter, me rappelant ainsi qu’on est vite un petit canari qui peut se faire torturer. Aujourd’hui leurs coups de pattes m’agacent mais je n’en fais plus une rougeole, je finirai bien par prendre le pouvoir tous les jours et à toute heure, affreuse fripouillasse à boutons. Ils ont beau m’énerver, je les aime bien quand même.

Vu Gravity, Her, Dans la cour. Tous très bien.