Bijou plage

En lisant ce matin » 8H50″ sur la pendule de la cuisine au moment du petit-déjeuner, j’ai pensé à ceux qui arrivaient sur la plage. Bijou-Plage. Le bruit des tongs et des jouets en plastique qui s’entrechoquent dans le sac, l’arrêt sur le sable, le soleil et le ciel bleu toujours au rendez-vous de cette petite plage publique de Cannes, du côté du Palm-Beach. C’est calme à cette heure-ci, il n’y a pas trop de monde. Juste quelques familles avec des enfants en bas âge. Un cours de natation a commencé. Toujours le même petit parcours, la maître nageuse recule doucement dans l’eau. Elle a une combinaison à manches courtes, une queue cheval qui retient ses cheveux bruns, des lunettes de soleil, une planche avec un petiot au bout dont les jambes s’agitent en canard.

La plage est très agréable à cette heure-là. La mer est calme, transparente. Planter le parasol, s’enduire de crème. « On sera jamais bronzé si on se met toujours de la 50 » ronchonnent-ils. « On va aux rochers ». A 2oo mètres du bord il y a des rochers remplis de poissons multicolores. On met le masque, le tuba, on nage avec un quignon de pain hors de l’eau et là-bas, on pose pieds sur les rochers et les poissons arrivent par nuées. Vers 10 heures, la plage s’anime. « Chouchous, chouchous, qui veut mes chouchous ? » crie le vendeur ambulant. Les habitués, souvent plus âgés, s’installent. Avec tout le confort, les chaises, le parasol, Nice-Matin. Il y a aussi des femmes seules qui arrivent juste avec leur serviette, une pochette bien organisée, le bonnet de bain, les pas qui les mènent directement dans l’eau pour leur tour de nage, une hygiène de vie qu’on devine quotidienne. En revenant, elles s’arrêtent ruisselantes et  saluent en échangeant quelques mots et puis repartent sans bronzer, sans traîner. Les autres habitués, plus nombreux, s’activent. On regarde à gauche, à droite. On se lève, on marche le long du bord de l’eau et on se salue. Alors on reste debout, les bras s’agitant au fil de la conversation, dos au soleil. Et comment ça va ? Et madame machin et monsieur truc, et les enfants, les petits-enfants, et combien de temps vous restez ? Les pieds dans l’eau, on se dit que c’est la rentrée la semaine prochaine. Ils rigolent parce qu’ils disent que pour eux ça ne va rien changer. Ils restent encore un peu, une ou deux semaines, ils ne sont plus pressés  mais les enfants, eux, ils rentrent. Oui, c’est la rentrée. Ils disent ça, ils sont contents mais on sent une petite pointe de quelque chose car ça ne sera plus exactement pareil, parce que la plage ne sera plus la même, parce que c’est quand même la fin des vacances.

Oui, ce matin, il est 11H31 maintenant, je suis sûre que cet air-là se promène sur Bijou plage, au milieu du soleil, les pieds au frais dans l’eau.

 

Islande

Enfin !!!

Par ici

J’ai pris la rue des Ecoles puis traversé le boulevard Saint-Michel. On se sent bien par les chemins aimés, connus. J’ai cru d’abord qu’il n’y aurait personne dans cette petite salle du Reflet Médicis. Un peu déçue d’être seule. Juste un sac et une petite valise abandonnés quelques rangs derrière. Qui aurait l’idée de faire un attentat dans cette salle vide (en dehors d’un cerveau un peu paranoïaque comme le mien)? Leur propriétaire est arrivé quelques instants plus tard, et puis douze autres personnes l’ont suivi et je m’en suis réjouie. Le bruit sourd de la porte de la salle, le même arrêt juste après, visage inexpressif et recherche de « la place où l’on va s’asseoir », le pas enfin décidé, le passage légèrement de profil dans le rang et puis l’affaissement dans le fauteuil. Nous étions donc quatorze solitaires à 11H35 ce mardi ensoleillé pour aller voir « Just the wind » un film cruel et bouleversant sur les tziganes en Hongrie. En ressortant, j’ai vu qu’il y avait, à la Filmothèque, une longue queue pour aller voir « Le voyage à Tokyo », un film d’Ozu que j’ai beaucoup aimé.

Remonter le boulevard Saint-Michel, entrer au Luco. Il n’y a pas d’autre jardin qui pousse tant à la bonne humeur. S’asseoir et fermer les yeux. Les bruits de la plage, modifiés par le son si particulier des lourdes chaises métalliques que l’on déplace.  Ouvrir les yeux. Les voiliers voguent paresseusement sur l’eau brillante du grand bassin. Des stores blancs sont tirés aux fenêtres du Sénat. Et le ciel bleu clair, une chaleur parfaite, l’air content des touristes. Se poser ici. Juste à droite un jeune a ôté son tee-shirt et bronze, absorbé par la lecture de sa liseuse. Car on lit au Luxembourg, on se pose, on rêvasse, on papote. Un peu plus loin, une maman mange « Macdo » avec son fils. Je surprends deux jeunes gens, assis confortablement et qui tiennent discrètement un verre de rosé à la main, comme savourant le spectacle.

Oui, qui peut mieux dessiner l’été ?

Le vol gracieux et les cris des sternes arctiques, ces oiseaux fins qui traversent le ciel de l’Islande ?

Ce pin magnifique qui découpait le ciel de Vendée?

Ou bien,  Paris, retrouvé ?