Inutile

De toute façon, soutien ou aide individualisée, le message n’est pas passé. Parce que ce matin, à 8h20, qui a poussé la porte, l’air pas très sûr de lui ? Krousty. J’étais en rendez-vous avec des parents. Il m’a dit : « Mon père m’a dit de monter ». Pourtant, j’avais mis un mot dans le cahier avec les dates. Pas grave. Une pile de magazine Wakou, je l’ai installé dans la classe d’à côté et il a été très sage.

Les enfants, enfin nos élèves de primaire, sont des êtres sympathiques avec nous les enseignants. Ils m’ont dit : « Dis donc tu es très enrhumée »,                    « Maîtresse, t’aurais pas dû venir » alors que je convulsais en quinte de toux.

Bon, la première période s’achève, la plus longue. La classe est faite. On se connaît.

Je vous souhaite de bonnes vacances même si cette phrase vous semble incongrue car vous ne partez pas en vacances, parce que vous n’êtes pas en vacances.  L’ordinateur restera fermé pendant une dizaine de jours car je pars dans le Berry à la recherche de Georges Sand.

Pour terminer un petit poème lyricodépressif, c’est de saison (en plus on change d’heure samedi…)

Gonfler la voile, aller de l’avant,

Que savons-nous de nos tourments ?

Quelle lumière sombre éclaire nos mots ?

Gonfler la voile, aller de l’avant.

Epuiser de vitesse, la colère et le ressentiment

A toi lecteur,

Ne laisser que la part lisse de nos visages,

Taire le goût amer.

 

 

Rhume et jargon

Un gros rhume m’a réveillée ce matin. La tête au carré, les sinus bien compressés. Ce mercredi sera donc cocooning. Pas de piscine. Tranquille à part les courses et quelques rendez-vous. Hier j’étais particulièrement stressée par une petite présentation que je devais faire au conseil d’école sur un projet mathématiques Le Koala que tous les cycles II font ensemble. Je suis une grosse « traqueuse » et je confesse avoir même pris un calmant pour me sentir mieux. Donc entre le rhume, le calmant et les émotions, je me sens comme repassée au fer en ce petit matin.

Tout ça pour en venir aux « apprenants », car si vous allez voir Dans la maison, et si en plus vous êtes enseignants, vous rigolerez bien des nombreux clins d’œil ironiques et compatissants de François Ozon. Sans compter, une pancarte de lieu à la fin du film ; seuls les enseignants peuvent la connaître et se dire : « Non ? ça ne va pas se terminer là » ou bien « Et si nous allions tous terminer là ? »

Donc je reviens au jargon. Par exemple dans le primaire depuis quelques années, nous devons faire de « l’aide individualisée ». En d’autres termes, nous prenons 2 à 3 élèves pour faire du soutien. Mais le mot « soutien » est considéré comme dévalorisant, marquant pour l’apprenant, aussi nous avons l’obligation de parler d’aide individualisée.

Vendredi dernier, j’étais donc en tête à tête avec Krousty et Gaston. A la fin de notre petite séance, je leur annonce :

–      Aujourd’hui, c’est le dernier jour de l’aide indidivividuaua….

Krousty me regarde avec son air de Krousty, la bouche ouverte, les yeux ronds, genre « est-ce qu’elle va y arriver ? » Puis plein d’empathie, il me dit :

-C’est pas facile à dire.

Il se retourne vers Gaston et ajoute :

–      Moi, j’appelle ça le soutien, c’est plus facile.

Pourquoi ne pas appeler un chat, un chat ? Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple?

Dans la maison

Oui, oui, oui. Un très bon moment « littérorrisant » (dixit un critique et je trouve l’expression bien choisie). Faites connaissance avec le lycée Gustave Flaubert, ses apprenants, son professeur de français…

Antigone

OUI, OUI, OUI Antigone de Jean Anouilh au Vieux-Colombier. Après une dizaine d’année d’hibernation, nous venons tout juste de reprendre le chemin du théâtre. Alors, au chaud dans ce sympathique théâtre, au cœur d’un très sympathique quartier, au milieu de gens qui avaient l’air très sympathique, nous avons tous reçu une immense bourrasque. Antigone grise dans un décor gris nous a décoiffés. Créon était excellent. La nourrice, le garde, le chœur aussi.

A retravailler le genre théâtral, je n’ai pas regretté cette pièce hier. Lire du théâtre, c’est manger du jambon sous cellophane. Il faut aller le voir. Il n’y a pas de lecteur au théâtre, il y a des spectateurs avant tout, pris à la gorge. Pas de répit. A peine oserait-on  renifler, toussoter. L’acteur est là, il dicte, il vous prend, il habite le texte et l’espace. Bien sûr, il y a du jambon fade, assez bon, correct. Il en faut pour tous les goûts. Mais hier soir, le jambon était particulièrement bon, la salle a applaudi sans retenue, nous avons crié « Bravo ! » et les acteurs nous ont souri.

Dire ce qui peut être lu

Aujourd’hui le Luxembourg était bien automnal. Les couleurs mais surtout les chemins boueux, glissants. Certaines poires ont été enveloppées dans de petits pochons blancs. Quelle patience, envelopper ainsi les poires, une par une. Les poiriers palissés ont de très jolis noms. Baudelaire prenait la pluie. Un photographe professionnel ou un caméraman essayait de saisir quelque chose dans une allée. Etait-ce la perspective, la lumière, les coloris ou le vol des feuilles rousses ? Le Luxembourg mouillé avait un air de jardin anglais aujourd’hui.

 

Ce soir

Nos bulles de savon, la nuit, avec Mangagirl.

Et si on faisait un peu de sport?

« Mon nom, je le commence, et vous finissez le vôtre ! »

Qui a prononcé cette formule piquante ?

Voltaire. Il a tout juste 22 ans et cette altercation avec le chevalier de Rohan qui l’a renvoyé à son indigne rang de bourgeois « qui n’a même pas de nom » le fait exiler en Angleterre, après un séjour à la Bastille et une bastonnade des hommes de Rohan.

C’est passionnant de se replonger dans cette époque des Lumières. Surtout lorsque l’on voit le pouvoir religieux et le fanatisme reprendre du galon. A croire que nous désapprenons en permanence, qu’obscurantisme, fanatisme alternent de manière cyclique avec soif de connaissance et tolérance.

Au petit déjeuner, j’aime bien m’entretenir avec mon scientifique philosophe Avaleur de Steak.

« Est-ce que tu penses que les sciences pourront apporter une réponse aux questions existentielles du début de l’Univers, sa fin, l’existence de Dieu ? »

«  Ils ont apporté une réponse, petite mamouf, le début de l’univers c’est le Big Bang et la fin, il y a différents scénarios possibles. Dieu n’existe pas ou c’est un neutron, si tu préfères. Les hommes ont inventé Dieu pour simplifier. Comme ils ont une haute opinion d’eux-mêmes, ils ont même imaginé que dieu les a créés à son image. En terme de survie, un groupe est beaucoup plus efficace si il est soudé, c’est ce que permet la religion, aussi Dieu n’est pas prêt de disparaître ».

Avaleur de Steak est un redoutable démystificateur. Un matin, alors que je lui demandais « Qu’est-ce que la vie ? » (Vous allez vous dire que les matins sont un peu bizarres chez nous et que je pose de drôles de questions à mon fiston…)

Avaleur de Steak a réfléchi assez longtemps avant de me répondre : « C’est un déplacement d’atomes du ventre de sa mère jusqu’ à sa tombe ».

Bien sûr, la vie c’est plein d’autres choses, mais, en même temps, c’est cela très exactement.

Un petit cognac ?

 

 

Previous Older Entries