les petits mots de mon père

Les petits mots de mon père que je veux garder :

– un smartophone pour un smartphone

– champagne Malabar pour Champagne Malart

– ça pète ou ça casse pour ça passe ou ça casse.

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Tristesse

A ce retour de vacances, je ne pourrai pas parler des jolies couleurs sans faire part avant de ma tristesse, celle d’aller sur le blog de Mab et d’y lire un article de sa fille. J’ai vite compris que quelque chose avait déraillé. Je me suis dit que c’était impossible, qu’il n’y avait eu aucun signe avant-coureur. Et puis si, en allant sur les blogs du Goût et d’Heure-Bleue, j’ai compris que c’était arrivé. Mab était partie, aussi vite qu’une étoile filante, elle n’écrirait plus. Je peux imaginer la détresse de sa famille. Ceux qui passent par ici ont dû la lire et la connaître : elle va nous manquer, ses billets quotidiens nous manquaient déjà. Je pense à ses petits-enfants, à sa fille, à son mari auxquels elle était tellement attachée. Je pense à son réveil matinal, à son jardin; elle m’avait gentiment proposé des graines de rose trémière. Cette perte m’a fait réfléchir à la blogosphère, aux liens immatériels qui s’y tissent. Nous nous lisons, nous nous écoutons, parfois aussi nous nous taisons mais combien de choses s’échangent ainsi en silence. Des choses qui étaient enfouies, difficiles à dire ou bien tout simplement le flux léger de la vie. Mab tu vas me manquer, tu vas nous manquer. Merci pour tes billets et toute la générosité qui s’en dégageait. Merci pour ta lecture et tes commentaires. J’espère que tu es bien là-haut et que tu as trouvé un petit coin pour jardiner dans les nuages. J’ai lu que tu avais fait don de tes organes : chapeau, bravo!!! Tu nous auras épatés jusqu’au bout. Respect grande dame et à bientôt.

histoire de cailloux

Mercredi 1er novembre nous sommes allés à Bagneux sur la tombe de mes grands-parents. Au moment de quitter l’appartement, je me suis rendue compte que je n’avais ramené aucun caillou particulier. Il est habituel de déposer une pierre sur les tombes juives. L’origine de cette coutume est assez floue mais il est certain que les chrysanthèmes ou toute autre fantaisie végétale sont prohibés. C’est parfois un peu frustrant donc j’ai toujours ramené des cailloux choisis avec soin  : galets de Nice, lave de l’Etna, pierres volcaniques d’Islande, galets des îles grecques, d’Omaha beach…. Et cette année : nada. Je n’ai pensé à rien et nous voilà posant de banals cailloux ramassés dans les allées du cimetière. Comment avais-je pu ne pas y penser pendant notre périple dans les parcs de l’Ouest américain ? Mystère… Et puis, hier soir, en y réfléchissant, je me suis dit que mes grands-parents, fervents communistes, n’avaient peut-être pas voulu d’un caillou américain et pire encore d’un caillou Donald Trump sur leur tombe. Voilà, c’était tout et c’était simple.

Samedi soir

Ils se retrouvent aussi le samedi soir, une vingtaine, successivement les uns chez les autres. Rémi, Flora, Sonia… les prénoms dont je me souviens. Ils se retrouvent pour jouer aux cartes, les femmes jouent au rami sur la table du salon, les hommes au poker sur des tables pliantes. Je traverse le palier. Tout ce monde s’occupe peu de la petite fille, cela parle et rit fort ; surtout les hommes. Est-ce qu’ils parlent politique car certains sont de droites, sionistes tout le contraire de mon grand-père ? Rémi est un personnage haut en couleur. Les femmes sont maquillées, apprêtées et chacun semble à cet instant avoir un appétit de vivre et la volonté de se réjouir ensemble.

Se retrouver

Ils se retrouvent aussi le samedi soir, une vingtaine, successivement les uns chez les autres. Rémi, Flora, Sonia… les prénoms dont je me souviens. Ils se retrouvent pour jouer aux cartes, les femmes jouent au rami sur la table du salon, les hommes au poker sur des tables pliantes. Je traverse le palier. Tout ce monde s’occupe peu de la petite fille, cela parle et rit fort ; surtout les hommes. Est-ce qu’ils parlent politique car certains sont de droit, sionistes tout le contraire de mon grand-père ? Rémi est un personnage haut en couleur. Les femmes sont maquillées, apprêtées et chacun semble à cet instant avoir un appétit de vivre et de se réjouir ensemble.

Bois de Vincennes

Ils ont mis leurs beaux vêtements. Mon grand-père porte un chapeau de paille. Est-ce dimanche ou un après-midi en semaine ? Ils sortent au bois de Vincennes, ils vont jouer aux cartes avec leur groupe d’amis. Table pliante et élégance, le tout dans la R19. Je ne les ai jamais vus en action mais toujours les préparatifs et le départ. Je crois qu’ils passent un moment agréable car cette sortie est régulière. Réunis ensemble, jouant aux cartes, discutant. Probablement certains ont amené à boire, à manger.

« Tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère »

Je plonge en arrière pour chercher les racines, pour garder les traces. Du passé, ils n’en parlaient presque jamais; et pourtant il est là, indéfinissable. Pourquoi avaient-ils effacé les souvenirs de leur langage ? Pourquoi n’ont-ils jamais éprouvé le besoin de raconter d’où nous venions, qui nous étions ? Des villages perdus en Pologne ou en Roumanie, des traditions, des rites, de leur vie, de leur misère, de leur peur, de leur joie, de leur rêve, de leur ignorance, il ne reste pas de mots. Parfois, par bribes, lorsqu’elle me voit enduire ma côtelette de crème fraîche, Clara rigole, lève les yeux au ciel et me dit « Si ton arrière-grand-père voyait ça ! »

 

PS : Dans le judaïsme, il est interdit de consommer de la viande avec un produit laitier.

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