histoire de cailloux

Mercredi 1er novembre nous sommes allés à Bagneux sur la tombe de mes grands-parents. Au moment de quitter l’appartement, je me suis rendue compte que je n’avais ramené aucun caillou particulier. Il est habituel de déposer une pierre sur les tombes juives. L’origine de cette coutume est assez floue mais il est certain que les chrysanthèmes ou toute autre fantaisie végétale sont prohibés. C’est parfois un peu frustrant donc j’ai toujours ramené des cailloux choisis avec soin  : galets de Nice, lave de l’Etna, pierres volcaniques d’Islande, galets des îles grecques, d’Omaha beach…. Et cette année : nada. Je n’ai pensé à rien et nous voilà posant de banals cailloux ramassés dans les allées du cimetière. Comment avais-je pu ne pas y penser pendant notre périple dans les parcs de l’Ouest américain ? Mystère… Et puis, hier soir, en y réfléchissant, je me suis dit que mes grands-parents, fervents communistes, n’avaient peut-être pas voulu d’un caillou américain et pire encore d’un caillou Donald Trump sur leur tombe. Voilà, c’était tout et c’était simple.

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Samedi soir

Ils se retrouvent aussi le samedi soir, une vingtaine, successivement les uns chez les autres. Rémi, Flora, Sonia… les prénoms dont je me souviens. Ils se retrouvent pour jouer aux cartes, les femmes jouent au rami sur la table du salon, les hommes au poker sur des tables pliantes. Je traverse le palier. Tout ce monde s’occupe peu de la petite fille, cela parle et rit fort ; surtout les hommes. Est-ce qu’ils parlent politique car certains sont de droites, sionistes tout le contraire de mon grand-père ? Rémi est un personnage haut en couleur. Les femmes sont maquillées, apprêtées et chacun semble à cet instant avoir un appétit de vivre et la volonté de se réjouir ensemble.

Se retrouver

Ils se retrouvent aussi le samedi soir, une vingtaine, successivement les uns chez les autres. Rémi, Flora, Sonia… les prénoms dont je me souviens. Ils se retrouvent pour jouer aux cartes, les femmes jouent au rami sur la table du salon, les hommes au poker sur des tables pliantes. Je traverse le palier. Tout ce monde s’occupe peu de la petite fille, cela parle et rit fort ; surtout les hommes. Est-ce qu’ils parlent politique car certains sont de droit, sionistes tout le contraire de mon grand-père ? Rémi est un personnage haut en couleur. Les femmes sont maquillées, apprêtées et chacun semble à cet instant avoir un appétit de vivre et de se réjouir ensemble.

Bois de Vincennes

Ils ont mis leurs beaux vêtements. Mon grand-père porte un chapeau de paille. Est-ce dimanche ou un après-midi en semaine ? Ils sortent au bois de Vincennes, ils vont jouer aux cartes avec leur groupe d’amis. Table pliante et élégance, le tout dans la R19. Je ne les ai jamais vus en action mais toujours les préparatifs et le départ. Je crois qu’ils passent un moment agréable car cette sortie est régulière. Réunis ensemble, jouant aux cartes, discutant. Probablement certains ont amené à boire, à manger.

« Tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère »

Je plonge en arrière pour chercher les racines, pour garder les traces. Du passé, ils n’en parlaient presque jamais; et pourtant il est là, indéfinissable. Pourquoi avaient-ils effacé les souvenirs de leur langage ? Pourquoi n’ont-ils jamais éprouvé le besoin de raconter d’où nous venions, qui nous étions ? Des villages perdus en Pologne ou en Roumanie, des traditions, des rites, de leur vie, de leur misère, de leur peur, de leur joie, de leur rêve, de leur ignorance, il ne reste pas de mots. Parfois, par bribes, lorsqu’elle me voit enduire ma côtelette de crème fraîche, Clara rigole, lève les yeux au ciel et me dit « Si ton arrière-grand-père voyait ça ! »

 

PS : Dans le judaïsme, il est interdit de consommer de la viande avec un produit laitier.

Caoutchoucs

Elle dort sur le canapé. C’est toujours là que je l’ai vue dormir. Dans un espèce de bricolage. Un drap, une couverture, un oreiller, vite pliés et repoussés au petit matin. Ce n’est pas un canapé dépliable, elle pose l’oreiller sur l’accoudoir. Il y a aussi sa machine à coudre à l’intérieur d’une table repliable. Elle est très fière de sa machine qu’elle actionne avec une pédale et une roue. Il me semble qu’elle a été couturière, confectionneuse mais en fait, je ne sais pas exactement quel a été son métier. Elle tient beaucoup à cette machine et elle m’apprend à l’utiliser avec un peu de réticence. Il y aussi deux plantes caoutchouc, c’est un peu bizarre comme nom mais elle les appelle « ses caoutchoucs » et les arrose avec soin.

La table

Ils n’ont jamais mangé dans la cuisine. Ils mangent sur la grande table du salon, une nappe blanche avec quelques motifs brodés, folkloriques et la toile cirée transparente par dessus. En face se trouve la télévision toujours allumée pendant les repas car ils regardent les informations. Le grand buffet acajou, la table à roulettes où elle a posé les plats. J’ai beaucoup d’émotion lorsque je repense à ces meubles parce qu’ils n’ont rien d’élégant. Pour eux ils sont beaux car la beauté, c’est le confort et la sécurité.

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