C’est parti

Avant de refermer la porte de l’année 2013, je dépose deux dernières petites choses.
Chez le coiffeur, en regardant les frisotis blancs d’une dame âgée ; elle venait certainement de faire des rouleaux, puis l’attention particulière de la coiffeuse , là, posant les mains pour arrondir la coiffure, oui, c’est bien, et le regard satisfait des deux dans le miroir, j’ai immédiatement pensé à ma grand-mère. C’était son plaisir d’aller chez le coiffeur. Sa tignasse, très épaisse, trop épaisse disait-elle mais on sentait qu’elle aimait et qu’elle avait aimé ses cheveux et que cette critique était une forme de coquetterie. Enfin la vieille dame a sorti une capuche plastique transparente. Ces capuches (où en trouve-t-on encore ?) que l’on pose sur la tête comme un fichu, on les attache avec deux ficelles blanches. Ma grand-mère avait ça aussi et puis un filet rose qu’elle mettait sur les cheveux avant de dormir.
Aujourd’hui c’est tout autre chose ; en revenant à la maison par une rue de la ville, j’ai entendu un grand fracas. En levant la tête et en m’approchant du bruit, je me suis aperçue que l’immeuble qui était encore plein ce dimanche était maintenant creux et que de lourdes machines cognaient sur les murs. Pourtant il ne semblait pas vétuste. Cela fait drôle de voir une si grosse chose être détruite.
Voilà, je ferme la barrière. C’est une barrière en bois imaginaire, on la noue avec un jonc. Le vent est paisible et le jardin tranquille. Comme je ne repasserai pas ici avant la nouvelle année, je vous envoie des flocons de mots et surtout mes meilleurs vœux pour vous et tous vos proches.

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Eraillée

J’ai terminé la dernière heure de cours avec les troisièmes la voix éraillée. Il était temps que ça s’arrête. Des copies, des copies à corriger. Heureusement nous avions démarré la journée avec la cruauté de Maupassant dans Aux champs pour la clore avec la fougue de Cyrano. Il est inoxydable ce Cyrano. Les troisièmes sont repartis avec la tirade du nez à apprendre.
– Z’êtes sûre Madame ?
– C’est pas trop long ?
– Ils y sont arrivés dans vos autres classes ?
Face à ce manque d’audace j’ai cédé une coupure pour ceux qui avaient en dessous de 15 de moyenne mais quand j’ai vu la tête de certains, privés d’un coup, j’ai abaissé à 13 de moyenne.
17h30, ça sonne. Je grougnoufe parce qu’il y en a un qui chante la mélodie du bonheur. Et puis,
– Bonnes vacances.
– Bonnes fêtes, Madame.
Le collège noir. La pluie. Le retour à la maison.
Je dois être tellement crevée que j’ai réussi à me faire un torticolis, le lendemain, en me brossant les dents.

Incompréhension

J’ai voulu faire un appel de phares pour lui faire signe de passer mais je n’ai réussi qu’à démarrer les essuie-glaces. Le motard, en face, a observé d’un air circonspect cette vieille scénic qui s’était arrêtée et d’où une conductrice venait de mettre en marche les essuie-glaces alors qu’il ne pleuvait pas. Mais que fait-elle ? Il n’a pas immédiatement compris que c’était une conductrice sympathique qui voulait le laisser passer. Il a hésité et puis finalement il est passé.