Des blettes

Pourquoi ne pas rire ? Alors rions.

Comme chaque famille, nous avons nos propres turpitudes. Je regardais Dallas avec mes parents ; nous regardons Koh Lanta avec nos enfants. Ce n’est pas brillant !!! Mais c’est comme ça. Pour rien au monde, les enfants ne veulent rater un épisode. Ce soir j’avais fait un gros effort pour leur faire avaler des blettes. De bonnes et saines blettes. Je les avais cuisinées en une délicieuse quiche bien garnie en œufs et crème fraiche. Mais devant l’œil effarouché de F., je me suis dit qu’il fallait enclencher la vitesse supérieure. C’est sorti, tout seul, avec le ton et la gestuelle appropriée :

–      Je vais être clair, les enfants. C’est les blettes ou Koh Lanta !!!

Cette petite erreur de formulation a été une sacrée aubaine. Mangagirl et Avaleur de steack se sont regardés ébahis. Pendant que l’un virait ses blettes de sa quiche à toute vitesse, l’autre essayait de régurgiter celles qu’il avait avalées. Evidemment, impossible de se fâcher. Chacun a mangé ce qu’il voulait et tout le monde pourra regarder Koh Lanta. Pfffff !!!!

100

Dans le cours blanc de la nuit, je m’arrête sur une personne. Souvent. Je m’arrête sur un rendez-vous raté. Elle m’a attendue pourtant. Je ne vois pas d’issue à notre difficulté. Je me dis que nous disparaîtrons avec ce sentiment. Même si je suis triste et me sens mal, je n’ai pas d’autre choix que de continuer.

Le quotidien

Le quotidien, c’est cet enchaînement d’actions. Peu de trouble, peu de latence. Tout l’inverse de la nuit, des pensées immobiles. La nuit n’a rien de quotidien. Pourtant elle se répète. On s’y retrouve seul, fixe. Déconcerté parfois par la teneur de nos rêves. Se glisser hors du lit. Se glisser hors de soi.

Chouette!

Chouette une nouvelle activité le mercredi. 900 euros le semestre, ça nous avait semblé très cher. Conclusion, on a quitté notre centre ville de banlieue, on a pris le métro pour un gentil centre de mutuelle dans Paris. Je n’ai pas encore le tarif de la nouvelle activité de Mangagirl mais cette nouvelle orthodontiste a l’air vraiment bien. C’est parti pour de l’orthodontie fonctionnelle avec des exercices pour élargir la mâchoire de souricette, la faire mieux respirer. Des petits appareils dentaires pour couronner le tout, une visite mensuelle, un bilan ORL à Necker, un panoramique dentaire. Je sens qu’on va s’éclater… surtout qu’il va falloir que je fasse probablement la même chose pour F., alias Avaleur de Steack.

Chouette!

Pauvre type!

Je viens de relire Andromaque.  Dans l’acte II scène II, Oreste amant dédaigné se présente de nouveau au bourreau de son cœur, à savoir Hermione. Elle lui laisse espérer qu’elle aurait eu le souhait de le voir…

Oreste

Souhaité de me voir ! Ah ! divine princesse…

Mais de grâce, est-ce à moi que ce discours s’adresse ?

Ouvrez vos yeux : songez qu’Oreste est devant vous,

Oreste, si longtemps l’objet de leur courroux.

 

En exergue, à droite de la réplique est écrit « pauvre type ! ».

C’est une remarque de ma mère laissée au plume noir. Sur la première page est écrit son nom de jeune fille, 2e B, 1954.

J’ai toujours gardé et utilisé les anciennes éditions. Celles de théâtre et de poésie. Il faut que je trouve un « réparateur de livres ». Nos premières émotions sont contenues dans ces pages élimées et jaunies. Elles n’ont pas exactement la même saveur ailleurs.

Relecture d’Andromaque. Lecture nouvelle car, heureusement pour nous, les textes s’oublient. On se souvient vaguement de l’histoire, de quelques répliques cultes :

Pyrrhus

Me cherchiez-vous, madame ?

Un espoir si charmant me serait-il permis ?

Andromaque

Je passais jusqu’aux lieux où l’on garde mon fils.

Puisqu’une fois le jour vous souffrez que je voie

Le seul bien qui me reste et d’Hector et de Troie,

Oreste

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes

J’ai relu Andromaque avec la même impatience romanesque qu’Autant en emporte le vent. Impatiente d’en savoir toujours plus.

Je l’ai relu pour nourrir une future dissertation sur le rapport maître /valet. Fanfan qui le lit en même temps que son fils me dit que le valet est un confident, fil rouge du texte. C’est vrai, les héros tragiques sont désincarnés, ils n’ont pas besoin de valets. Au diable la toilette et les besoins du corps, seul le discours compte et la passion a besoin d’un confident. La scène I de l’acte IV  résume bien ce lien indéfectible entre le maître et son serviteur dans cette tragédie. Ici Andromaque et Céphise :

Andromaque

O ma chère Céphise !

Ce n’est point avec toi que mon cœur se déguise :

Ta foi, dans mon malheur, s’est montrée à mes yeux ;

Mais j’ai cru qu’à mon tour tu me connaissais mieux.

Quoi donc ? As-tu pensé qu’Andromaque infidèle

Pût trahir un époux qui croit revivre en elle ;

(…)

Je vais donc, puisqu’il faut que je me sacrifie,

Assurer à Pyrrhus le reste de ma vie

Je vais, en recevant sa foi sur les autels,

L’engager à mon fils par des liens immortels.

Mais aussitôt ma main, à moi seule funeste,

D’une infidèle vie abrègera le reste ,

(…)

J’irai seule rejoindre Hector et mes aïeux.

Cephise, c’est à toi de me fermer les yeux.

Céphise

Ah ne prétendez pas que je puisse survivre…

Andromaque

Non, non, je te défends, Céphise, de me suivre.

Je te confie à tes soins mon unique trésor :

Si tu vivais pour moi, vis pour le fils d’Hector.

De l’espoir des Troyens seule dépositaire,

Songe à combien de rois tu deviens nécessaire.

Je referme le Classique Larousse. La page de couverture s’est détachée une nouvelle fois. Trouver une solution pour garder ce livre en vie.

 

Rien d’évident

Aujourd’hui le temps est doux.

Aujourd’hui le temps est doux après la tempête de la nuit.

L’un et l’autre nous avons évoqué cette journée où les feuilles se détachent et tombent comme des flocons.

Ce matin le parc est parsemé de feuilles. La tempête, le vent de la nuit  a rincé les dernières feuilles des arbres.

Pourquoi ne se sont-elles pas reparlées ?

Personne ne pourra me le dire.

Regardez ces morceaux qui tournent et se cherchent.

Magnétisés par un secret dehors sous la terre.

Mystère et boule de gomme

L’article précédent me fait souvenir d’une attitude bien curieuse chez nos amis anglais.

Il y a très longtemps, j’avais une quinzaine d’années, je me suis rendue dans la bonne ville de Londres pour la visiter. Près d’un musée, sur un trottoir, j’attendais une amie. Me voici donc déambulant la tête dans mes pensées sur une portion de trottoir. Au bout d’un moment, je constate un phénomène étrange : quand je m’approche de l’avenue, les voitures s’arrêtent. A plusieurs reprises, elles s’arrêtent et quand je m’éloigne vers le musée, elles redémarrent. Mystère et boule de gomme…. pour une petite grenouille.

A un moment, je comprends avec horreur et un profond sentiment de culpabilité. Il y a un passage piéton et lorsqu’un piéton s’approche d’un passage piéton au Royaume uni, visiblement, toute voiture s’arrête. C’est un truc totalement délirant pour nous les glorieuses grenouilles tricolores. Parce que je n’étais même pas au bord du trottoir, je n’attendais même pas.

ET aucun pour me sermonner : « pétasse, tu sais pas où tu vas? Connasse, dégage » (il faut dire qu’ils ignoraient ma nationalité).

Pauvres anglais! Je suis sûre que certains ont péri écrasé sur nos inutiles zébrures.

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