Que j’aime les quais

Sept boutons de rose que je veille chaque matin sur le balcon. Deux fleurs en goguette sur les quais direction Fluctuart près du pont des Invalides. A l’approche de ce nouveau lieu d’exposition, les balustrades du quai sont entourées de mailles colorées en tricot et au crochet. On entre sur la première péniche lieu d’exposition, ça bouge sous nos pieds, à l’étage une exposition permanente d’artistes du Street Art et en dessous une capsule dédiée à Swoon une artiste new yorkaise. Une très jolie découverte. Retour par les quais, un peu d’eau pétillante de Paris, deux crêpes (sirop d’érable et ganache chocolat), farniente sur les transats face à la Seine.

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Les bruits de la vie

Assise sur ma brique de yoga, deux coussins sous le genou droit, j’enregistre sentencieusement une médiation guidée tirée d’un livre de Thich nhat Hanh. Ce n’est pas la méditation la plus gaie mais elle est juste. C’est vrai que nous allons vieillir, que nous vieillissons, que nous ne sommes pas à l’abri de la maladie, c’est vrai que nous allons mourir, abandonner ceux qui nous sont chers. J’inspire, j’expire et puis j’entends une porte qui se ferme, le bruit de traîne-savates des chaussons de Mangagirl, le klung de la porte du micro-ondes, le bip, le bvpppppp du réchauffage et le klung de nouveau puis le paf de la porte et le groumph-groumph-groumph des chaussons trop grands qui étaient ceux d’Avaleur de Tofu devenus trop petits. Et j’essaie de me concentrer, et je ne peux pas m’empêcher de sourire, et tout ceci restera enregistré.

Espoir

Si je ne dois garder qu’un seul moment de cette année scolaire, ce sera celui-là. Nous sommes en PPMS (plan de mise en sécurité) attentat. Comme chaque année les consignes ont été données et communiquées aux élèves. Obturation des ouvertures, rideaux tirés, lumières, ordinateurs, portables éteints, portes verrouillées, dissimulation sous les tables, aucun bruit. Par chance, l’exercice tombe sur une heure où j’ai une classe de 3eme très calme. Je les ai prévenus et ils ont pu apporter des occupations diverses, j’ai même autorisé les coussins. Quand la sirène retentit, chacun s’installe bon gré, mal gré et puis on attend. Le temps passe. Les élèves sont parfaitement calmes, silencieux. Des vérificateurs passent dans les couloirs pour contrôler la qualité du silence. Quand j’entends leur approche furtive, je mets le doigt sur ma bouche pour inviter mes élèves à la plus grande discrétion. Et puis le temps continue de passer. Un élève dort sous sa table, un autre adossé sur le mur, à quelques mètres de moi, lit. Je me penche et regarde la couverture. Il lit Risibles amours de Kundera. C’est ce moment précis que je voudrais garder. Cette surprise, ce cadeau de la vie, calculé ou pas.

fable

Ici une fable écrite par Mangagirl pour un bac blanc de français. Elle avait choisi l’écrit d’invention et devait écrire une fable se terminant par la morale suivante :

Et sache que celui qui n’est plus ton ami

Ne l’a jamais été !

A conserver, bravo Mangagirl, quelle jolie plume!

Le Renard et le Chien

Dans des montagnes reculées, un élevage

Était protégé par un Chien au fort courage.

Mais s’approche, un jour, un Renard malade et pâle,

Le Chien méfiant, interpelle l’animal.

Voyant sa carrure, le Renard entreprend,

Soudain de le flatter de mille compliments :

« Comme vous êtes ravissant, lui chante-t-il,

Un pelage si beau ! Êtes-vous de la ville ?

Sur ces terres perdues, personne ne semble

Si fort ! Votre vue me trouble, et, voyez ! J’en tremble

Mais vous me semblez sur vos gardes, mon ami,

Soyez tranquille, ai-je donc l’air d’un ennemi ? »

Surpris par sa courtoisie, le Chien lui répond :

« Je ne pensais pas vous faire la conversation,

Car les prédateurs sont souvent bien malicieux,

Vos louanges cacheraient-elles quelques actes odieux ?

– Voyons, s’offusque le Renard, êtes-vous fou ?

Quel déshonneur, quelle humiliation, quel courroux !

Regardez-moi, si faible et si mince, tout chancelant !

N’ai-je pour mérite que ces jurons sanglants ? »

Le chien, accablé de remords, fait ses excuses,

Et offre son amitié, sans plus craindre de ruse.

Dès le lendemain, le renard réapparaît,

Et couvre le chien de tendresses douces et gaies.

Le garde amadoué par ces discours langoureux,

Prend en pitié son compère, chétif et pieux.

Mais, une nuit d’hiver le Renard blessé vient,

et fait à son ami le récit de vauriens :

« Toute la nuit, s’exclame-t-il, ils m’ont pourchassé !

C’était des loups ! dit-il avant de s’écrouler . »

Le Chien tremblant de rage, prend en chasse lesdits loups

Qui avaient porté à son ami tant de coups.

Le pauvre Chien courut en vain toute la nuit

Et fut, rentrant à l’aube de sa chasse, accueilli

Par un Renard, gras, vigoureux et médisant

Qui avait trouvé l’élevage bien appétissant.

« Quelle trahison ! crie le Chien désemparé,

Ta faim seule a-t-elle sacrifié notre amitié ?

– Mais voilà, répond le Renard, de bien beaux mots…

Encore faut-il qu’ils ne fussent pas ceux d’un sot !

Et sache que celui qui n’est plus ton ami

Ne l’a jamais été ! Et le Renard s’enfuit.

Clo

Je n’ai jamais parlé d’elle car elle lisait le blog. Clothilde est décédée mardi 9 avril 2019. Elle venait d‘avoir 47 ans. Son enterrement a eu lieu hier à la Chapelle-Thémer près de Niort. Clo est donc restée là-bas, séparée de nous par une plaque tombale. Depuis plusieurs années elle ne supportait plus Paris, elle a préféré ce petit coin de Charentes paisible. Pour ses parents, elle était leur fille unique ; elle laisse aussi son jeune fils de 10 ans et son mari. Comment parler de Clothilde alors que pendant huit ans elle a vécu et combattu si courageusement et patiemment la maladie? Comment ne pas être en rage contre cette injustice et ce bras de fer cruel ? J’ai rencontré Clo en Licences de lettres en 1991. Je peux entendre son timbre de voix, son rire, je peux voir les lieux où elle a vécu, sa manière de toujours bien agencer son intérieur, son goût exquis pour la décoration, la couleur, la lecture. Elle ne posait jamais de jugement, tout en elle était léger mais réfléchi. Elle était originale et douée de ses mains. A 39 ans on lui a découvert un cancer du sein métastasé. A partir de là tout a changé même si souvent elle a fait semblant de rien, même si elle rêvait d’ailleurs et de projets, même si elle a sans cesse, sans cesse repousser la mort. Tout ce qu’elle a affronté et dont nous évitions de parler me semble aujourd’hui d’une violence encore plus inouïe. Je suis triste. J’aurais préféré changer une case à cette histoire et que tout cela n’arrivât pas.

Confidences

A la question « Comment faites-vous pour apprendre une leçon ? », Gaby, une petite 6eme, me confie que parfois, après avoir lu et récité dans sa tête, elle fait le poirier parce que ça peut aider la leçon à descendre dans le cerveau. C’est sa mère qui l’a dit.

A la question « ça va ? », Celia la jeune stagiaire de français finit par m’avouer que les enfants ça va à peu près mais les adultes… c’est l’horreur. Bien qu’elle ne connaisse l’établissement que depuis 10 jours, elle n’en peut plus des médisances, des deux clans, de machin qui lui explique sur un ton doctoral « la bonne méthode », de truc qui lui envoie un texto lapidaire, de bidulle qui lui recommande de ne rien partager avec machinchouette, de psychorigide qui lui a donné un mode d’emploi très précis de l’utilisation de « sa salle » et de «son ordinateur »… Je la félicite pour la rapidité de son analyse psychologique de la situation. « Mais comment fais-tu ? » me demande-t-elle. Franchement, je ne sais pas trop ; en dehors d’éviter assez régulièrement la salle des profs et la cantine. On rigole un bon coup et puis c’est reparti.

les petits mots de mon père

Les petits mots de mon père que je veux garder :

– un smartophone pour un smartphone

– champagne Malabar pour Champagne Malart

– ça pète ou ça casse pour ça passe ou ça casse.

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