En friche

Le temps galope comme les idées. Lorsque je me prends à rêvasser pour ralentir je m’imagine loin. Une maison depuis longtemps habitée avec un jardin de curé, un potager, un verger. Nous sommes en terre étrangère, peut-être une île anglo-normande perdue, un jardin sans haies, sans coupure dans un paysage de tons clairs. Bien sûr il y fait bon (un temps plus italien, mais je n’ai pas pu situer cette maison dans un lieu où le temps est sympa parce que je ne veux pas la foule de la côte d’azur… c’est l’avantage de la rêverie). Bien sûr, je cultive sans effort et croque les tomates mûres. S’asseoir sur un banc, ne rien faire, se vider l’esprit aux actes authentiques comme cueillir, effiler, éplucher. Je dors bien dans un lit doux et autour de moi le calme est parfait. Généralement, cette période n’excède pas les vacances scolaires (pas envie de devenir complètement dingue en épluchant des petits pois) et je suis très triste de repartir pour la vie active et trépidante de la région parisienne. Oh, quelle tristesse !

clac

Tu peux fermer la porte, s’il-te-plaît ? Merci.

C’est la ritournelle que j’entends plusieurs fois par jour lorsque, après avoir frappé à la porte de la chambre de Manga girl, j’ai terminé une succincte conversation minimaliste avec celle-ci.

Je vous épargne le regard légèrement poli glacé très vaguement accueillant.

J’imagine que c’est lui ou sa grand-mère qui a dû lui expliquer le fonctionnement de la république et qu’il voulait être président. Sur la photo de famille au Louvre, cette petite fille fière et heureuse, serrée contre le nouveau président était touchante. C’était fait, le mari de mamie était le président de la république française. Photo de famille léchée mais transgressive par la jeunesse du président et cette 1ere dame grand-mère. Il était stressé pendant cette longue randonnée qui durait sur les pavés du Louvre (son chauffeur n’a visiblement pas trouvé l’endroit adéquat pour le déposer, plaisante Saule), on espère qu’il pourra tenir ses promesses et le choc face aux ambitions déçues des vieux briscards et des jeunes loups. Parce que même si tous les engagements peuvent ne pas plaire, on a tous envie d’aller de l’avant, de changer, de bouger et de profiter de son jeune enthousiasme.

PS : heureusement que cet affreux melenchoniste d’avaleur de steak ne peut voter… gnarf !

Granville, Jersey

C’est un moment délicieux que de profiter du premier soleil du matin, chant d’oiseaux, livre à la main, une théière et un mug fumant posés sur le rebord en pierre du balcon. Je tourne les pages du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Schaffer et me voici de nouveau au temps des vacances. J’ai beaucoup aimé la ville haute de Granville avec ses maisons de granit, les couleurs acidulées vert et bleu de la mer et les remparts où poussaient des giroflées sauvages. Le lieu était calme, le ciel sillonné par quelques goélands. De Granville nous avons passé une journée à Jersey : Saint-Hélier la capitale et l’après-midi un tour de l’île en car avec une conductrice-guide qui nous a fait partager son amour pour son pays et ponctuait toutes ses phrases en français par un pittoresque « you know ». Plus près du mont Saint Michel, nous avons randonné sur les falaises de Champeaux, les genêts en fleur avaient un parfum de coco, les sables brillaient de tout un camaïeu de beige et d’ocre, et au loin, posés comme des miracles, l’abbaye au toit pointu et les marcheurs de la baie.

Le vilain petit capitaliste

J’aurais pu parler de Granville et des giroflées mais la tonalité de la campagne me peine et me scandalise. Il est loin le temps du front républicain. Dr Jekyll et mister Hyde ne donnera pas de consigne de vote : c’est un mauvais perdant. Je ne pensais pas que la success story d’un petit centriste catho provoquerait une telle radicalité. On préfère s’abstenir. Peu importe si cela fait monter un parti raciste, antisémite, homophobe. Du moment qu’on envoie un signe fort à cet affreux capitaliste. Car les grands donneurs de leçons et détracteurs de la « finance » paient leur forfait téléphonique 2 euros chez Free, volent sur des compagnies low cost, achètent leurs vêtements et leurs équipements pas chers, téléchargent les films sur internet. Bien sût ils achètent des produits bio et trient leurs déchets. Fantastique !!! Quand j’entends certains m’expliquer qu’il faut nationaliser alors qu’ils ont été les premiers à tirer sur France Telecom et à applaudir l’ouverture à la concurrence, quand certains font travailler un plombier polonais au noir, je m’interroge  : dumping social or not dumping social ? Les mondialistes, c’est vous, c’est moi, c’est nous tous. Ce serait plus honnête de l’assumer. Mais si vous avez vraiment envie d’un président nationaliste, homophobe, raciste, avant de vous abstenir ou de voter Marine Le Pen, allez faire un petit tour chez Poutine, Erdogan, Trump ou même allez en Chine, en Corée du Nord et restez-y.

Repos

Je me suis réveillée triste, usée, ratée, déprimée, vide, sombre. Depuis une semaine je me ratatinais en quintes de toux et en pensées maussades, ma voix était devenue rauque, mon cerveau laid et je tirais un peu trop sur la corde. Alors ce matin je me suis mise en arrêt, j’ai envoyé un mail à la principale pour lui signifier mon congé. Ras la boulette, ras la casquette. Un jour d’oubli, sans véritable temporalité : cela fait un bien infini, cela met du baume en coeur, ça regonfle sans que l’on sache exactement pourquoi et j’en avais besoin. Cette journée sera comme le parfum d’une rose, fugace mais précieux.

Un bon moment

J’ai poussé la porte d’une petite épicerie orientale et me suis retrouvée au milieu de quelques habitués. Une collègue très sympa m’avait proposé de nous retrouver pour un atelier massage : 15 minutes de massage assis, un thé et une pâtisserie dans cette boutique qu’elle fréquente régulièrement. Mon amie a eu un empêchement de dernière minute alors j’y suis allée toute seule. La propriétaire Belinda me met tout de suite à l’aise, m’installe sur une table microscopique que nous partageons à quatre. Un thé turc, noir, à la Bergamote et un gâteau sablé, parfumé à la fleur d’oranger et fourré à la noix. J’observe les rayons, les vins, les huiles parfumées, le raki puis la conversation s’engage, roule doucement, s’arrête, on peut alors de nouveau paisiblement observer la rue par la fenêtre. Le massage assis est super, fait avec cœur et intention par une femme costaude qui tient un restaurant russe mais veut devenir masseuse énergétique. J’apprends que les propriétaires forment un couple turc et arménien. Je suis repartie adoucie et revigorée avec plein de bonnes choses dans mon cabas me rappelant tout à coup combien l’attente est heureuse et facilement partagée quand nous laissons éteints nos téléphones portables.

Previous Older Entries