Repos

Je me suis réveillée triste, usée, ratée, déprimée, vide, sombre. Depuis une semaine je me ratatinais en quintes de toux et en pensées maussades, ma voix était devenue rauque, mon cerveau laid et je tirais un peu trop sur la corde. Alors ce matin je me suis mise en arrêt, j’ai envoyé un mail à la principale pour lui signifier mon congé. Ras la boulette, ras la casquette. Un jour d’oubli, sans véritable temporalité : cela fait un bien infini, cela met du baume en coeur, ça regonfle sans que l’on sache exactement pourquoi et j’en avais besoin. Cette journée sera comme le parfum d’une rose, fugace mais précieux.

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Un bon moment

J’ai poussé la porte d’une petite épicerie orientale et me suis retrouvée au milieu de quelques habitués. Une collègue très sympa m’avait proposé de nous retrouver pour un atelier massage : 15 minutes de massage assis, un thé et une pâtisserie dans cette boutique qu’elle fréquente régulièrement. Mon amie a eu un empêchement de dernière minute alors j’y suis allée toute seule. La propriétaire Belinda me met tout de suite à l’aise, m’installe sur une table microscopique que nous partageons à quatre. Un thé turc, noir, à la Bergamote et un gâteau sablé, parfumé à la fleur d’oranger et fourré à la noix. J’observe les rayons, les vins, les huiles parfumées, le raki puis la conversation s’engage, roule doucement, s’arrête, on peut alors de nouveau paisiblement observer la rue par la fenêtre. Le massage assis est super, fait avec cœur et intention par une femme costaude qui tient un restaurant russe mais veut devenir masseuse énergétique. J’apprends que les propriétaires forment un couple turc et arménien. Je suis repartie adoucie et revigorée avec plein de bonnes choses dans mon cabas me rappelant tout à coup combien l’attente est heureuse et facilement partagée quand nous laissons éteints nos téléphones portables.

famille de mots

Les 3emes lisent un poème de Yannis Ritsos qui évoque sa captivité dans un camp de rééducation après le putsch des Colonels. La prison se trouve sur une île grecque et les hommes, par une nuit d’avril, respirent les effluves « d’un citronnier abandonné dans un verger sauvage ».

– C’est quoi un citronnier, Madame ?

Le pire c’est que je ne doute pas une seconde de la sincérité de sa question. Yanou n’a pas dû dépasser le bout de sa rue et passe son temps à jouer à des jeux vidéo. Je reste sérieuse mais ma réponse fait glousser la classe.

– C’est un arbre où poussent des citrons.

Puis saisie par le doute, ne voulant pas laisser la signification d’un mot dans le flou, je demande :

– Vous savez ce qu’est un verger ?

Et sa voisine de derrière répond avec la même sincérité :

– C’est pas là où poussent des verges ?

Et vlan!

Repas du soir : j’insiste sur l’importance de manger des fruits et des légumes. Il faut dire qu’en ce moment je lis et j’écoute des émissions sur l’alimentation. Manger moins de viande rouge, deux fois par semaine, réduire de manière générale la viande. Préférer les fruits et les légumes biologiques. Éviter les produits tout faits, ils contiennent des conservateurs, des perturbateurs endocriniens, du sel… L’important c’est de cuisiner des produits frais. On m’écoute religieusement tout en grignotant une côtelette d’agneau. Et puis Avaleur de steak lorgne sur la casserole de soupe. C’est une soupe à quoi ? demande-t-il. C’est une soupe toute faite aux légumes, dis-je. Manga girl me toise et assène : « Et elle nous dit ça, après tout ce petit discours ! ».

Ils sont sans pitié, j’ai fait une coloscopie ce matin alors aujourd’hui la cuisine…

Rotation

– Est-ce que tu peux retourner le boudin ? dis-je à Avaleur de steak qui mettait la table dans la cuisine.

– Comment on retourne le boudin ?

A ce moment-là il faut rester très zen et se montrer très pragmatique.

– Tu lui fais faire une rotation de 180°.

– Autour de son axe longitudinal, ajoute Saule qui d’un geste me montre qu’on peut faire pivoter le boudin à 180° sans le retourner.

Purée, Mazette, Purée !!!

Voteuse compulsive

« Mais tu es une voteuse compulsive » m’a dit Saule lorsque je me suis habillée pour sortir et aller voter aux primaires de la gauche. C’est vrai que je ne rate aucune élection.

Ce n’était pas la joie et il n’y avait ni foule, ni espoir dans la salle polyvalente de l’école Jules Ferry où de braves bénévoles tenaient le bureau de vote.

« Vous n’êtes pas sur nos listes » me dit la dame, « Pourtant, c’est bien le bon bureau »

« Allez faites un effort, lui ai-je rétorqué, ils m’ont bien trouvée à la primaire de la droite ! »

Elle a souri et m’a ajoutée à la liste.

Dans cinq minutes les résultats, je m’attends au pire.

Remèdes à la mélancolie

Je suis tranquille, seule, dans la chambre, les écouteurs calés au fond des oreilles et j’écoute en podcast une émission de radio « Remèdes à la mélancolie ». Bien au chaud sous la couette, j’entends la voix colorée de l’invité, Christophe André, distiller des mots et des conseils. C’est bien. Au fond du couloir, des coups de sifflet répétés et stridents s’approchent. Je ne veux pas encore croire que ma tranquillité est finie mais Manga girl entre, allume, s’effondre sur le lit, gonfle ses joues et siffle puis fait du grizzli sur l’ipod ce qui électrocute la voix de Christophe André, qui s’efface pour laisser place à Adèle, puis Chostakovitch puis… Avaleur de Steak arrive, s’effondre sur le lit et se lance sur des observations historiogéographiques. Manga girl m’a demandé un écouteur, donc d’une oreille j’écoute Les fables de La Fontaine (parce qu’elle a fini par s’arrêter là dessus) et de l’autre je capte des questions sophistiquées auxquelles je dois répondre « Quel empire a conquis le plus de territoire ? Lequel a duré le plus longtemps… ». Quand j’essaie de m’échapper, Manga girl me saucissonne et m’écrabouille, je finis par crier « Au secours ». Alors tout le monde se met à crier et quand Saule arrive, les Schtroumphs unis m’accusent d’avoir voulu les torturer. Pendant que je suffoque Saule les regarde d’un air douteux.

N’était-ce pas le meilleur remède à la mélancolie ?

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