Salade de fruits

L’air est doux.

Les tilleuls distillent leur parfum sucré.

Croquer dans les cerises acidulées, rouge brun.

Croquer dans les abricots juteux et sucrés.

Les jours ne s’éteignent plus.

J’ai à peine eu le temps de parler de la pimpante maison d’Alice toute refaite à neuf, de celle d’Ysée pleine de promesse en Saintonge.

Voici quelques perles des copies de brevet corrigées hier. Le texte était extrait d’une pièce de Charlotte Delbo ; le sujet d’écriture proposait la rédaction d’une lettre, celle d’un père la veille de son exécution par la Gestapo, lettre à l’attention de ses enfants (gai, non ?)

«Les makis de Lyon » (j’avoue avoir mis un peu de temps avant de comprendre de quoi il s’agissait, peut être avais-je faim?)

« Ne pleurait pas ma more. »

« Je ne vais pas mourire en vin. »

Heureusement, les portables ne sont pas interdits et nous avons pu échanger quelques SMS d’encouragement entre collègues éparpillées aux quatre coins de ce qu’ils appellent le « bassin de Nanterre ».

Convocation

Toi aussi, tu as reçu une convocation pour corriger le brevet à Perpète les Houilles ? me demande une collègue. A priori, non, j’espère qu’ils ne m’ont pas encore dans leurs listings vu que je ne suis pas intégrée au secondaire.

Bon, c’était mal penser car en ouvrant mon casier je suis tombée  sur un papier appelé convocation. Donc je suis convoquée vendredi 27 et lundi 30 au collège République de Perpète les Charbons (car si nous sommes tous convoqués à Perpète, aucun de nous n’est dans le même Perpète ; au cas ou on aurait voulu faire du covoiturage ou se soutenir dans cette épreuve).

Après consultation de RATP.fr, j’ai conclu qu’une fois que j’aurai pris le T2, le RERA, un bus, il ne me restera plus que 15 minutes de marche à pieds pour arriver au collège République situé entre différentes bretelles de l’A86, une maison d’arrêt, une mosquée et une université (merci de ne pas faire de commentaires graveleux mais je dois dire que quand tu vois le plan tu es juste navré par les amalgames qui pourraient être faits).  Néanmoins, j’en ai déduit que même s’il faisait très chaud, je ne vais pas partir en jupe et décolleté. Espérons donc qu’il pleuve.

Sinon mes collègues m’ont donné quelques conseils : boules quiès, stylo rouge, typex, calculette, eau. Voilà les armes du parfait correcteur.

A double détente

J’ai couru vers mon portable lorsque le bip annonçant un message a retenti et j’ai exulté en voyant le nom d’un collège s’afficher. 20 minutes de chez moi. Cris de joie, danse indienne, envois de messages. Franchement contente et soulagée : je ne me retrouve pas remplaçante sans affectation, ni trop éloignée de mon domicile.

Après, je vais vous la faire vite. Sur le site du collège, la principale annonçait que l’origine très diversifiée des élèves assurait une grande richesse culturelle à l’établissement ; le taux de réussite au Brevet des collèges est de 78%, légèrement en dessous de la moyenne nationale. Enfin j’ai ma tutrice au téléphone qui habite la ville où se trouve le collège. Elle me fait remarquer que ce taux est inférieur de 20% au taux du collège où nous nous trouvons actuellement. Alors ce n’est pas une ZEP, me dit-elle, mais attends-toi à avoir des élèves plus difficiles et plus en difficulté que cette année.

Sniff ! On ne peut pas tout avoir.

 

Les feux de l’Olympe

Le bruit des armes a résonné aujourd’hui dans la classe. Achille, Hector, Patrocle étaient convoqués pour des combats sans merci. Quel bonheur sur le visage de mes sixièmes ! Ces dieux qui se chamaillent, séduisent et se jouent des terriens. Pâris, bien embêté avec sa pomme, qui finit par la donner à Aphrodite, qui lui donne la plus femme du monde, Hélène, mais Hélène est mariée à Ménélas qui va voir son frère Agamemnon (ce nom les a fait rire) qui décide de réunir tous les guerriers grecs dont Achille, the super héros et Ulysse the intello de la bande pendant que Pâris et Hélène roucoulent à Troie. Et puis ça se dispute entre Grecs : colère d’Achille contre Agamemnon qui le prive de sa captive Briséis (mais Madame, est-ce qu’elle l’aime Briséis si c’est sa captive ? J’enjolive l’affaire en faisant d’Achille, the vrai mec, the super héros, the tablettes de chocolat dont Briséis finit par tomber amoureux (et je vois également toutes les filles de la classe se pâmer)). Hector, the super héros troyen qui tue Patrocle. Pour la plus grande joie de mes élèves, le retour aux armes d’Achille. La dépouille d’Hector traînée par le char d’Achille (les yeux des garçons luisent de plaisir et d’horreur…). La ruse d’Ulysse, la destruction de Troie, la mort d’Achille par une flèche de Pâris (mais Madame, qu’est-ce qu’il devient Pâris ?) et puis on part avec Andromaque et Pyrrhus… et mes élèves ont toujours les yeux écarquillés.

Du sang, des larmes, de l’amour, de la haine, de la jalousie, de l’amitié et les Dieux qui tirent les ficelles… voilà une recette qui plaît toujours !

La traversée

Le temps file. Dans une semaine, je connaîtrai  mon affectation pour l’année prochaine. J’espère ne pas être loin de chez moi. Il y a un an quand j’apprenais que mon détachement était accepté, je m’imaginais sur un grand paquebot, ambiance années 30, le quai qui s’éloigne, au loin le port, le départ vers l’inconnu. Début mai, j’ai retrouvé la même image. Mais cette fois ci, je sortais d’une longue tempête, sur un catamaran de course, les flots étaient vifs, nerveux et les voiles claquaient encore au vent.

J’ai le défaut de toujours vouloir tout maîtriser ce qui a pour conséquence de figer mes manières de faire. Je conjure ainsi la peur et le doute. Je m’enferme dans mes habitudes parce que j’imagine que la performance est l’économie de moyens et la maîtrise.

Il va falloir essayer de ne pas abîmer les textes. Le sens des textes, leur émotion ne résistent pas au cœur sec, aux yeux usés, aux questions  stériles.

Pas fière

Je ne pensais pas qu’aller écouter de la musique classique contemporaine japonaise pouvait nous transformer en cibles pour d’irascibles endoctrinés mais nous avons dû montrer patte blanche au service de sécurité de la Maison de la culture du Japon qui semblait sur les dents…

Je me rappelais alors du billet du 6 mai d’Heure Bleue notant que le service de sécurité du MAHJ était particulièrement nerveux. A cette date, ils devaient avoir des informations sur d’éventuelles menaces.

Je me suis souvenue aussi de ma visite début juillet au Mémorial et de cette impression sinistre. L’entrée du musée n’est pas indiquée, on doit attendre dans la rue à un espèce de check point qu’un vigile aimable qui sort d’on ne sait où vienne vous chercher, puis vous passez un sas, ambiance d’aéroport.

J’ai dit aux enfants de jeter l’éponge. Il y en a assez.