Au bord de l’Aff

Sous le saule.                                                                                                                           Allongées, tête bêche.                                                                                                                        Le contact rugueux et froid de l’escalier en pierre.                                                        Ne rien faire.                                                                                                                                         Reposer.                                                                                                                                                   Le bruit du courant à peine entendu.                                                                       Craquement sec.                                                                                                                             Sur la peau, une feuille se pose.

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Un jour

Un jour on ne sera plus

Et tout ce papier alors ?

Un jour tout sera éteint

De quoi nous plaignons-nous ?

D’autres verront

D’autres noirciront les pages

Il n’ y a pas de sens à tout cela

Pas de raison

Pas de peine, non plus.

 Faudra-t-il que je m’en souvienne

De ces mots désinvoltes

Ce jour-là, cet instant-là

Où tout se défait

Tout se retire,

Seul, seule dans le grand oubli.

Aujourd’hui, gondolir

Ce soir s’achève cette promenade au Louvre, car à cette occasion, j’avais réussi à trouver deux places au guichet du Studio Théâtre (une salle de la Comédie française, que je ne connaissais pas encore) pour Candide. Ce soir, c’était la dernière et nous nous sommes régalés : une adaptation décalée, burlesque, d’excellents acteurs. Si la pièce est reprise l’année prochaine, réserver dès début juillet car les places sont très vite parties.

Quelques passages et péripéties qui auraient pu abolir notre pauvre Candide :

« Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie. Il prouvait qu’il n’ y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux, et madame la meilleure des baronnes possibles »

Viennent ensuite la boucherie héroïque entre les Abares et les Bulgares, le désastre de Lisbonne, le nègre de Surinam…

Et puis la sagesse orientale du vieux turc qui inspire Pangloss, Martin et Candide.

« Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin ».

« Travaillons sans raisonner, c’est le seul moyen de rendre la vie supportable »

« Il faut cultiver notre jardin »

Enfin, malgré toutes ces sages pensées, je me réjouis de profiter de mon oisiveté demain. A chacun ses délices.

 

Gondolir : devenir fou

Aujourd’hui, gongonner

N’ayant pas de pièce de tissus qui gongonne hormis une banale nappe en lin, il faut trouver autre chose.

– Avoir l’esprit qui gongonne : idée assez rebattue de celui ou celle qui pense trop, qui réfléchit douloureusement.

Autre possibilité. Plus concrète.

– Avoir la peau qui gongonne.

Autour du cou notamment. Observation de cette surface qui plisse de manière assez peu symétrique contrairement aux rides du visage.

gongonner : se dit de pièces de vêtement qui font des plis qui vont mal.

Aujourd’hui, galimart

Tout à l’heure, je me suis retrouvée assise sur mon lit, le regard fixe et l’esprit immobile. La vache, je crois même que je n’arrive plus à trouver mes mots. Donc presque impossible de le tenir ce galimart. Usée, claquée. Une semaine d’enchaînement de trucs à courir partout, à réclamer des bidules à l’aide de mails, sur fond médical d’appareil dentaire qui se détraque et d’oreilles qui gonflent avec de petits boutons dessus, sans compter un conseil d’école sur les rythmes scolaires qui se termine à pas d’heure… Stop ! Le pire, c’est qu’elle n’est pas finie, il reste encore tout une tripotée de machins.

galimart : galimatias

 

 

 

 

Aujourd’hui, frisque

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Aujourd’hui un soleil frisque a continué de nous surprendre. Je suis allée flamboler chez Truffaut pour le plaisir des yeux. On commence à remiser l’hiver. A l’heure du déjeuner, c’est calme. J’avais planté des bulbes de tulipe dans le grand pot vert et elles commencent à sortir. J’y ai ajouté des narcisses, trois jacinthes, une primevère et des crocus. Voilà, on attend que ça pousse, cela nous tiendra bien jusqu’aux fleurs de l’été.

Sinon, premier bain de soleil sur le balcon sud.  Tisane, lunettes de soleil, la compagnie de mes très chères plantes.

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frisque : vif et pimpant

Aujourd’hui, syrtes

J’ai terminé Le voyage au bout de la nuit. J’ai survolé Bagatelle pour un massacre, histoire de voir.

Parler de Céline c’est s’engager sur le rivage des syrtes. Il dirait : « Encore un gnan-gnan moralisateur, porté par une petite bourgeoise, et penserait au fond à cette demi-youtre qui s’ignore, encore une, pas crevée ». Parce que le Voyage nous invite à lire dans les tréfonds de nous-même, tout ce que nous avons peur d’y voir, tout contre quoi il faut construire le discours. Sortir de ces syrtes, ne pas se laisser engourdir par les boniments.

J’ai beau tournicoter cela dans ma tête. Rien n’y fait. Et ce n’est pas qu’une histoire personnelle.

J’aurais beau tournicoter  cela dans tous les sens, c’est même pas pour mes morts. Pour eux aussi tout de même.

Combien de poètes, combien d’écrivains se sont engagés collectivement ?

Combien de courageux anonymes ? Combien ont été torturés, combien se sont éteints alors qu’ils auraient pu vivre tranquillement, témoins au chaud, préservés, de l’Histoire.

Qu’est-ce qu’ils penseraient eux ? Avec la portée de ces mots dans ces années-là, avec sa lâcheté et son racisme érigés en étendard.

Qu’est-ce qu’ils penseraient de nous ? Mémoires courtes, infidèles. Te laisser une place, à toi, au milieu des autres, comme après un temps de punition où tout aurait le droit de s’effacer ?

Ce n’est pas possible.

Syrtes : sables mouvants très dangereux pour les navires.

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