Rêver

Le rêve a toujours une odeur de présent.

A quoi pourrions-nous rêver, ici et maintenant ?

A la campagne anglaise. Fraiche et parfumée. Celle de Jane Austen et de quelques cinéastes qui ont su si bien la rendre.

Aux couleurs acidulées, aux chapeaux cocasses et au sol fa mi ré do des demoiselles de Rochefort.

Au creux du solstice d’hiver. A quoi pourrions-nous rêver ?

A la rencontre d’un enfant né dans la nuit de Nöel.

Aux chants d’espoir, de réconciliation.

Est-ce aux bulles qui pétillent dans les verres ? A l’ivresse.

Aux rires, aux plaisanteries ?

A la chaleur et à la joie d’un bon repas ?

Dans la campagne anglaise, il y a une maison, de la glycine, des massifs de roses, des hortensias, des arbres qui renferment des histoires, des vues et des vallons, une absolue tranquillité d’âme car une grande domesticité, et l’heure du thé, des scones et puis rien , rien d’autre, que la vue, la vue sur le jardin en pente, une pente qui ne finit pas qui ne rencontre rien que quelques haies, buissons d’arbres, peut-être une rivière, puis enfin au bout, la rêverie.

Rêver, frémir. Caresser le temps du bout des doigts.

Publicités

Ce qui reste

J’étais venue trouver et raconter leur histoire. A ceux et celles que je n’ai pas connus.

Sans le savoir, à mon insu. Car ceux –là, ils ne m’ont pas été présentés, je n’ai pas fait leur connaissance. Juste une photo, dans la vitrine familiale. Une photographie  presque gênante et toujours silencieuse.

A une amie qui me demandait pourquoi, j’ai répondu parce que les morts crient à travers nous. Nous ne sommes qu’une caisse de résonance. Nos vies sont traversées.

Après cela, la vie ne peut plus être une vie comme avant. Il y a toujours le doute d’être un homme. L’absence de certitude. Ce qui reste c’est l’absence de certitude, le doute, le questionnement.

Le vivre heureux est terni mais cela n’a pas d’importance. Les jours partent les uns suivis des autres, habités du bonheur ou un peu sales.

Les canards

Nous sommes allés voir le cirque Phénix. Le cirque était plein, c’était le cadeau de Noël de nombreux comités d’entreprise. Les gymnastes sont impressionnants, souvent très jeunes. Le spectacle était très réussi. Aucune fausse note.

A la fin de la représentation, il y avait un goûter. Au fond de la salle se trouvait une pêche au canard. La petite piscine, les canards en plastique et les cannes à pêche à crochets. Avaleur de steak s’est approché. Je me suis demandée si à la veille de ses quatorze ans, il allait oser. Il a fini par saisir une canne à pêche et a pêché quatre canards puis les a remis à l’eau.

Aujourd’hui, l’instant était dans ce paysage, le voir heureux, concentré sur le crochet et l’anneau mouvant des canetons.

soleil d’hiver

I)           L’ennui

Il m’en faut peu pour ruminer. A la fin du conseil de la classe de troisième, une maman, parent d’élève m’apostrophe gentiment : « Ah, Mme… est-ce que je peux vous parler ? » Je m’approche.

–      Vous aviez dit en réunion de rentrée, que vous feriez une dictée par semaine…

Je réfléchis et pense aux deux uniques dictées du trimestre. Pas de souvenir d’avoir annoncé une dictée par semaine mais probablement d’avoir dit que j’en ferais très régulièrement, ce qui n’est objectivement pas le cas.

–      Il faut aussi que je vous voie avec ma fille, parce qu’elle fait un vrai blocage sur vous.

Super agréable. J’essaie de savoir pourquoi mais la mère me dit que sa fille ne lui donne pas d’éléments mais je comprends qu’elle ne peut vraiment pas me blairer et que ça embête la mère.

Combien de temps vais-je ruminer ? Arriverais-je à me blinder et à laisser glisser la pluie sans stresser ?

Le lendemain, je fais le point avec la demoiselle en question qui semble visiblement embêtée : elle trouve que sa moyenne de 12,  ce n’est pas terrible, que ce n’était pas juste que je mette 19 à truc alors que j’avais mis 19 à machin et que truc méritait moins que machin, qu’elle a du mal à expliquer pourquoi le courant ne passe pas mais que ce n’est pas un si grand problème que cela.

Bon. Voilà. Je comprends qu’un petit groupe récrimine derrière mon dos, clame à l’injustice et attise un « Mme… Bidule, on ne l’aime pas ».

C’est « la double peine du débutant » à savoir le manque de maîtrise de cette classe qui fait qu’à la fois ils ne sont pas très respectueux à mon égard et qu’en plus certains me détestent. S’y ajoute ma paranoïa, mon tempérament anxieux et ma capacité à me noyer dans un verre d’eau.

Pourtant la classe se déroule mieux qu’en début d’année même si le climat n’est pas encore vraiment ni totalement confiant, ni complètement détendu.

Restons « pro », en tout cas le maximum de ce que je peux faire cette année.

Positivons sur les classes de sixième et la cinquième.

II) Le bonheur

Un déjeuner japonais et ce ciel bleu par cet après-midi de dimanche. Sur le balcon sud, lire le Baron perché, se laisser chauffer au soleil. Le bleu du ciel d’hiver est très particulier. Rien ne l’efface, le soleil s’y retire en une pâle intensité. Pas un oiseau, pas une trace rouge ou rose, juste ce bleu dense, frais et limpide. La lune semble toute proche. Plus proche que le centre-ville. J’imagine que nous tournons tous ensemble, terre et lune, à une vitesse assourdissante et nous ne sentons rien.

Arbre

Aujourd’hui 1er décembre, en me promenant dans le parc, j’ai eu l’impression que l’automne était arrivé. Les arbres avaient sérieusement perdu leurs feuilles. Les baies rouges, orange brillaient. Plus de fleurs. Même s’il ne faisait pas très beau, la nature était encore vigoureuse, les oiseaux actifs. J’ai touché les troncs, discrètement.  Ils ont chacun une forme, une écorce différentes. Leur peau est rugueuse et sèche.

Je lis avec plaisir les aventures du petit baron perché dans les arbres. Je me demande où peut être ce lieu rempli d’hêtres, d’ormes, d’oliviers, de châtaigniers, de noyers, de saules… où l’hiver est doux, les cigales chantent, les grenouilles croassent… et au loin, été comme hiver, on y entend le bruit régulier de la mer.