En grève

To reform or not to reform
J’ai fait spontanément travailler l’argumentation à mes élèves les plus faibles et les plus pénibles. A 15h30, les élèves de 4C m’attendaient plein d’espoir. Est-ce qu’elle fait grève ? Vous croyez qu’elle fait grève ? Deux heures de français en moins demain, le rêve ! Alors dans les escaliers certains n’ont pas résisté. Mais Madame, vous vous rendez compte si vous faites grève, vous allez pouvoir vous reposer. Pendant deux heures, vous ne verrez pas ma tête. Est-ce que vous vous rendez compte pendant deux heures vous n’allez pas m’entendre, si c’est pas le kiff, ça !

Les EPI
Quand j’ai évoqué les EPI un des phares de lance de la réforme, mon cher et tendre m’a demandé : « Ce sont des réacteurs nucléaires d’ancienne génération ? ».

En grève
Je suis en grève demain et je manifesterai pour de multiples raisons :
J’aimerais que l’on conserve ce qui marche : les classes bilangues, les sections européennes, les options. Grâce à elles de nombreuses familles favorisées acceptent encore de jouer la carte de la mixité. Nous avons besoin de ces familles dans les collèges, nous avons besoin que les très bons élèves viennent dans le public. Beaucoup font déjà le choix du privé.

J’aimerais que mes élèves très faibles ne soient pas enfermés dans une impasse à partir de la 4ème. Tous les collèges devraient pouvoir proposer des sections particulières pour ces élèves qui leur permettent de progresser, de développer leurs compétences et d’aller vers des métiers. Toute la filière apprentissage n’est pas assez valorisée.

J’aimerais que mes classes ne dépassent pas un effectif de 25 élèves pour avoir des conditions d’enseignement décentes.

Enfin j’aimerais que l’on s’interroge vraiment sur les méthodes qui pourraient faire progresser les élèves les plus en difficulté en grammaire et en orthographe. L’éducation nationale nous dit de jeter aux orties la mémorisation des règles, les exercices répétitifs et de nous appuyer sur une démarche réflexive afin de construire le sens de la règle. C’est ce qui prévaut déjà dans le primaire. Je me souviens avoir renoncé à un enseignement traditionnel pour faire réfléchir mes élèves en petits groupes sur des problèmes grammaticaux afin de leur faire construire la règle dans l’espoir qu’ils l’intègrent mieux. Je l’ai fait avec sincérité en pensant que l’enseignement « traditionnel » était bête, méchant, vulgaire et réactionnaire. Aujourd’hui j’ai renoncé à cette méthode car seuls les plus doués construisaient quelque chose (probablement parce qu’ils avaient déjà les bases), les plus faibles suivaient sans mot dire un peu désemparés et étaient encore plus perdus qu’avant. Donc je continuerai à faire des leçons structurées à apprendre par cœur, je leur ferai faire des exercices car en copiant ils s’imprègnent de l’orthographe et de la syntaxe en étant doué ou pas doué.
Jamais je ne m’étais dit que je finirais par conjuguer « être socialiste » à l’imparfait mais quelle déception, quelle hypocrisie et quelle tristesse pour nos élèves et notre école publique.

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6 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. heure-bleue
    Mai 19, 2015 @ 10:05:47

    Mon fils va mettre son ainée dans le privé (deux ans d’attente) pour lui éviter d’aller au collège en face de son école, les gamins se conduisent comme des Barbares et le niveau est très faible, la motivation des profs n’est pas suffisante, c’est aux parents d’élever leurs enfants….

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  2. mab
    Mai 20, 2015 @ 05:28:12

    C’est pour ça que ma fille a déscolarisé Victor, Henri et Eugénie pendant 2 ans.
    Mais quel travail pour les parents!

    Réponse

  3. BeB
    Mai 20, 2015 @ 10:41:34

    L’état d’âme doit être un peu atteint avec la parution au J.O., cette nuit, du décret et de l’arrêté portant la réforme. Mais tu vas continuer dans ta détermination à enseigner comme tu l’entends, n’est-ce pas. Je ne sais si tu as le temps pour cela mais, si oui, j’imagine les discussions avec certains enseignants…

    Réponse

  4. livfourmi
    Mai 20, 2015 @ 16:15:31

    En tant que maman, j’ai bondi quand – par mesure d’économie – les directions d’école ont mis sur pied des classes plus grandes. Ceux qui n’arrivent pas à suivre, se perdent et seront les prochains à aller timbrer au chômage. Mais où est l’économie? La formation est essentielle selon moi. Mais je vis dans un pays où les grèves ne sont vraiment pas monnaie courante. Je penserai à toi.

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  5. le-gout-des-autres
    Juin 09, 2015 @ 07:22:00

    Bon, tu écris quand ?
    Tu fais dangereusement diminuer mon quota de notes à lire… 😉

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  6. BeB
    Juin 10, 2015 @ 11:51:01

    c’est une grève surprise et qui dure… Pas même le souhait d’écrire ne serait-ce qu’un tout petit billet ? Je suis certaine qu’il déclenchera bien des commentaires. Je me disais que j’allais me manifester pour l’anniversaire de ta note du 18 mai, par un appel le 18 juin, mais je n’y tiens plus, confortée en cela par l’interrogation précédente du Goût-des-autres.
    NB. A la fin de ton billet, je ne sais si ce sera seulement sur mon écran ou s’il apparaîtra chez tout le monde, vient de se glisser un carré publicitaire d’un opérateur internet. Est-ce dû à l’inactivité du blog ? Rien que cela ne pourrait-il t’inciter à reprendre la plume ?

    Réponse

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