La connaissance de l’inutile

Première grève avec mes collègues du secondaire et manifestation  sous la pluie. Les lycéens donnent de la voix et de la joie. C’est le 92 et le 93 qui manifestent car on supprime des heures aux établissements. Malgré la pluie, nous longeons un parcours de rêve, la rue saint Sulpice, la place du même nom, le théâtre du Vieux Colombier puis la rue de Grenelle. Les jeunes vendeurs des boutiques chics se penchent aux vitrines et nous regardent avec curiosité.

Hier soir, Théâtre de l’Ouest parisien avec mes troisièmes pour aller voir l’Assommoir (forcément les sorties subventionnées par le conseil régional ne sont pas les pièces les plus excitantes du moment…). Néanmoins on a bien travaillé avant, ils ont lu le roman en partie, ils se sont demandé comment il était possible d’adapter ce roman sur scène, deux acteurs de la compagnie sont venus animer un atelier théâtre. Dans le car et sur le conseil de ma tutrice, je leur fais un brief de choc : faire comme ci et pas comme ça, que je vais les placer, que si il y a un incident j’en réfèrerai (mot utilisé par ma tutrice, j’adore) à leur professeur principal et que nous règlerons nos comptes au collège. Ils ont été adorables, n’ont pas moufté pendant 2h20. Alors que pendant la pièce des spectateurs bon chic bon genre n’hésitaient pas à se lever et à partir, au moins une vingtaine. Je n’avais jamais vu ça. Un acteur a fini par dire « bonne soirée » aux spectateurs indélicats. Certains de mes élèves ont été choqués aussi, ils m’ont dit que ce n’était pas très respectueux pour les acteurs.

Demain soir vacances, le temps a passé vite. Sur le balcon, quatre tiges de romarin font de petites fleurs bleues. J’ai écouté à la radio une vie une œuvre sur Charlotte Delbo, résistante communiste, assistante de Louis Jouvet, déportée à Auschwitz puis Ravensbruck. Certains extraits de ses textes assez méconnus étaient lus. A la médiathèque, j’ai fait sortir de la réserve ces livres. Depuis, je lis et relis à voix haute La connaissance de l’inutile, poèmes et textes magnifiques surtout lorsqu’on les met en regard avec la vie de l’auteur. Arrêtée avec son mari Georges Dudach, ils seront incarcérés dans deux endroits différents puis les Allemands donneront quelques minutes à Charlotte pour dire au revoir à Georges qui sera fusillé au Mont Valérien. Ces poèmes d’amour sont très émouvants. Absolument nécessaire de faire connaître ce personnage et ces textes à mes élèves.

Et puis la légèreté de l’être, manger des sandwichs et des chips avec Manga girl, regarder le monde imaginaire de son jeu vidéo préféré et de grosses bêtises à la télévision. Se dire qu’on va faire les bagages. En route pour les vacances.

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8 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. samantdi
    Fév 13, 2014 @ 19:41:04

    Nous les vacances c’est seulement dans deux semaines et un jour, on va tirer sur les réserves…
    Je me souviens d’un poème simple et magnifique de Charlotte Delbo, lu dans ma jeunesse et qui m’a accompagné toute ma vie

    Je vous en supplie
    faites quelque chose
    apprenez un pas
    une danse
    quelque chose qui vous justifie
    qui vous donne le droit
    d’être habillés de votre peau de votre poil
    apprenez à marcher et à rire
    parce que ce serait trop bête
    à la fin
    que tant soient morts
    et que vous viviez
    sans rien faire de votre vie

    Réponse

  2. mab
    Fév 14, 2014 @ 06:41:42

    Bonne vacances.

    Réponse

  3. BeB
    Fév 14, 2014 @ 15:15:07

    J’ai pleuré à la fin d’une lecture interprétée par Irène Jacob, dans le cadre du Centenaire organisé par l’Association des Amis de Charlotte Delbo, en entendant « Aucun de nous ne reviendra ». Elle ne doit pas exister en vidéo mais j’ai trouvé cette lecture sur http://www.dailymotion.com/video/xfq7q5_aucun-de-nous-ne-reviendra-theatralire-2011-charles-dullin-theatre-vivant_creation
    C’est quelque chose d’entendre des voix incarnant ses textes…

    Réponse

    • seringat
      Fév 24, 2014 @ 15:41:31

      Je suis en train de lire Aucun de nous ne reviendra qu’elle a écrit juste à son retour en 1946. C’est un texte qui porte de manière directe le traumatisme. On sent la différence avec Une connaissance de l’inutile écrit plus tard.

      Réponse

  4. BeB
    Fév 14, 2014 @ 15:17:40

    Toujours beaucoup de péripéties dans ton métier. Et dans ta vie… Tu dois être bien contente de t’échapper, je ne sais où, mais sûrement loin de la ville.. Bonnes vacances à toi !

    Réponse

  5. liliplume
    Fév 17, 2014 @ 19:07:18

    pas marrant pour les acteurs quand les spectateurs quittent la salle !

    Réponse

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