Hier

12h35 C’est le premier conseil d’éducation auquel j’assiste. Nous sommes assis dans une sorte de carré. La mère et son fils sont en face. Le visage de l’enfant est lisse. Il n’a aucune expression. Au milieu de ce visage lisse, les yeux bruns deviennent brillants. Des larmes finissent par couler. Mais le visage reste toujours aussi lisse, aucun mouvement ne le parasite. Le conseil d’éducation se termine sur trois jours d’exclusion. Nous n’aurons aucune réponse, juste la certitude que quelque chose reste secret et qu’il va mal.

14h14, salle 17. C’est une salle en rotonde, bordée de baies vitrées. Mes élèves de sixième sont en contrôle. Je regarde par la fenêtre. De cette partie du collège, on voit l’enchevêtrement léger des toits de couleur brique, triangles dispersés à la même hauteur, façades blanches des pavillons placés dans le désordre. Quelques arbres pointent, formes grises et fugaces, un pin au loin, des baies rouges. Le ciel et les nuages qui courent. Le matin même au réveil, j’avais eu la certitude d’être ailleurs, d’entendre le torrent du Taurion, j’étais sur certaines routes et je savais ces chemins seuls et silencieux.

19h50 salle 12

Je partage la classe avec un collègue de français pour les rendez-vous demandés par les parents de cinquième. J’attends. Tout à coup, j’entends « Putain, Dylan » et le son d’un choc. Mon collègue qui dit « Non Monsieur, ne le frappez pas… ». Après je n’entends plus. Un regard furtif et je croise celui du père d’élève. Il se calme. Est-ce que 5 de moyenne c’est rattrapable ? C’est foutu. Dylan va faire des efforts. Hein, Dylan, tu vas faire des efforts. Tu regardes Dylan quand on te parle.

Quand ils se lèvent, le père et le fils sont aussi costauds l’un que l’autre, aussi tendus l’un comme l’autre.

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7 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. le-gout-des-autres
    Fév 05, 2014 @ 17:12:48

    Si on veut qu’un gamin ait un minimum de chances de s’en sortir, on commence par ne pas l’affubler d’un prénom sorti d’une série américaine.
    L’appeler Jean ne lui donnera pas un bac C avec mention TB en ne foutant rien.
    L’appeler Dylan, Ryan ou Johnny lui ôtera d’entrée le capital de sympathie qu’il serait en droit d’attendre d’un milieu qui devrait commencer par prendre soin de lui au lieu de le décréter d’office irrécupérable…

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  2. le-gout-des-autres
    Fév 06, 2014 @ 06:43:33

    Oui, je sais, les vieux ça passe par des moments réacs.

    Réponse

  3. mab
    Fév 06, 2014 @ 07:18:00

    Le père est peut être un admirateur de Bob donc il a des excuses.

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  4. seringat
    Fév 06, 2014 @ 08:49:22

    Pour info, je change toujours les prénoms. En l’occurence cet élève ne s’appelle pas Dylan mais il a bien un prénom de série américaine. Le collège est parfois assez violent avec ces élèves là et avec leurs parents qui ne peuvent pas les aider.

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  5. liliplume
    Fév 06, 2014 @ 18:45:03

    quand j’ai eu mon fils, Florent, en 1980, tous les autres bébés nés cette même semaine se sont appelés Johnny, à cause de  » la fièvre du samedi soir ». Les sage-femmes n’en pouvaient plus !!

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  6. heure-bleue
    Fév 08, 2014 @ 09:41:01

    De toute façon, pour certains gamins, c’est fichu à la maternelle, vous êtes profs mais vous êtes humains et vous avez des préjugés…

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  7. BeB
    Fév 09, 2014 @ 20:47:44

    « Ailleurs l’herbe est plus verte »… Pour toi, « Ailleurs est au-delà de la fenêtre »…

    Réponse

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