Paysage

L’automne amène un calme particulier. Caler les oreillers derrière le dos. Incliner la nuque et laisser aller le temps. Dehors repose.

Sur les épaules plusieurs épaisseurs. Je regarde le ciel blanc teinté de gris, les expressions calmes des immeubles. Le désert des tartares entrouvert sur le lit.

Quelques jours auparavant, allongée dans une classe, le temps d’une pause à l’insu de l’agitation extérieure, j’ai pu saisir les paysages. On sait qu’à l’instant même, ils existent, ils sont là, vivants. Les paysages ne disparaissent pas quand nos yeux les quittent. Il se peut que la lumière soit différente mais tout cela même, nous pouvons l’imaginer. Etre ici et là-bas en même temps. Sentir la présence du vent, des ondulations. Savoir que d’autres traversent ces endroits. Doucement, calmement, se laisser habiter par l’ailleurs.

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3 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. BeB
    Nov 19, 2013 @ 22:49:55

    Quand tu te laisseras aller de nouveau à la rêverie dans ton lit, je verrais bien les Fleurs du Mal à tes côtés, ouvertes au poème Paysage. Je n’ai pas lu Le Désert des Tartares mais, si je me souviens bien, l’attente en est le thème principal – avec la fuite du temps. Ton billet me fait l’effet d’être en correspondance avec le poème de Baudelaire :
    novembre semble fuir aujourd’hui avec cet avant-goût de froidure envoyé par décembre. Va-t-on devoir, dès maintenant, « fermer partout portières et volets » pour plonger dans la « volupté du Printemps » ?
    L’hiver dernier, tu avais écrit sur ton attente de ce Printemps qui se laissait tant désirer. Et nous aussi, nous attendions son arrivée et que cesse enfin cet hiver interminable.

    « Je veux, pour composer chastement mes églogues,
    Coucher auprès du ciel, comme les astrologues,
    Et, voisin des clochers écouter en rêvant
    Leurs hymnes solennels emportés par le vent.
    Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde,
    Je verrai l’atelier qui chante et qui bavarde;
    Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité,
    Et les grands ciels qui font rêver d’éternité.

    II est doux, à travers les brumes, de voir naître
    L’étoile dans l’azur, la lampe à la fenêtre
    Les fleuves de charbon monter au firmament
    Et la lune verser son pâle enchantement.
    Je verrai les printemps, les étés, les automnes;
    Et quand viendra l’hiver aux neiges monotones,
    Je fermerai partout portières et volets
    Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
    Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
    Des jardins, des jets d’eau pleurant dans les albâtres,
    Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
    Et tout ce que l’Idylle a de plus enfantin.
    L’Emeute, tempêtant vainement à ma vitre,
    Ne fera pas lever mon front de mon pupitre;
    Car je serai plongé dans cette volupté
    D’évoquer le Printemps avec ma volonté,
    De tirer un soleil de mon coeur, et de faire
    De mes pensers brûlants une tiède atmosphère ».

    — Charles Baudelaire

    Réponse

  2. BeB
    Nov 26, 2013 @ 23:07:37

    Merci pour ton commentaire… On somnole en cet automne frisquet : je n’ai pas regardé ton blog depuis pas mal de temps mais je vois qu’il est aussi en sommeil. Ouf !

    Réponse

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