Nous, qui passons.

Aujourd’hui l’été crépite. Dans le jardin de mes parents, les bourdons affairés susurraient dans le cœur des roses. Assise tout à côté sur le banc, je les écoutais vrombir sans aucune inquiétude. Ils étaient collés aux fleurs et aucun autre parfum ne semblait pouvoir les intéresser.

Détacher la cerise de l’arbre, avec sa queue. Croquer le fruit et souffler le noyau dans l’herbe. Recommencer.

Les rosiers sont superbes, les végélias aussi. Les fleurs blanches des acacias sont presque fanées. J’ai inspecté le jardin pas à pas. Les bébés pommes sont déjà là.

Apporter un album blanc à mon père. Pourquoi ? Ma mère a deviné avant lui. Ecrire Royère, sa Creuse. Laisser la place au quart d’histoire qui revient à ses petits-enfants. J’ai eu cette idée en lisant il y a quelques semaines un article de mab qui évoquait ses albums souvenirs qui retracent l’histoire d’une famille et que les siens ont su collecter.

Presser les derniers souvenirs de ma mère. Faire comme si cela était normal, anecdotique, froid et éloigné de moi. Elle ne sait pas si ma grand-mère est revenue au 305 rue de Vaugirard. Elle avait cependant des affaires de Zeile, de petits objets et ses bijoux. Ses bijoux dans un sac avec les gourmettes de Samuel et Charles. Ils ne sont pas partis avec. Ma mère se souvient de ce sac, ma grand-mère le lui a montré. Petite, elle a joué avec les bijoux de Zeile, elle se souvient des gourmettes. Un jour Dopché a eu des soucis de santé et a eu besoin d’argent. Ma grand-mère lui a proposé de lui donner les bijoux de Zeile (elles se sont donc reparlées), le sac est passé chez Dopché. C’est son fils qui l’a maintenant, il a encore les gourmettes.

J’ai appris aussi que Berthe, une parente, est retournée cette année près de Rawa-Ruska, à côté de Lvov. Là où elle est née, il y a 84 ans. Elle est retournée dans le lieu même où mes arrière-grands-parents maternels vivaient. Lemberg a fait partie de l’empire austro-hongrois, puis est devenu Lvov en devenant un territoire polonais puis Lviv aujourd’hui en Ukraine. Plus encore, Berthe, sa sœur et son frère ont eu le même passeur que Zeile, à quelques jours d’écart. Ils ont tous été arrêtés par les Allemands à la gare d’Angoulême et Berthe qui avait 14 ans a retrouvé Zeile et sa famille au camp de Poitiers. Berthe est la dernière personne à avoir vu Zeile, Charles et Samuel.

Je dois parler à Berthe. Que savoir exactement ? Comment leur redonner substance ?

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2 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. le-gout-des-autres
    Juin 17, 2013 @ 10:36:33

    Détacher la cerise de l’arbre, avec sa queue.

    Ah bon ? Tu fais ça, toi ?

    Réponse

  2. BeB
    Juin 18, 2013 @ 11:37:12

    Bien sûr, parler à Berthe…Une nouvelle chance pour animer de vie ces êtres qui t’habitent. La voix de Berthe te permettant de les ressentir autrement et d’en savoir plus sur leur vie d’avant. C’est si important aussi qu’ils existent avec cette vie d’avant.. Quel fil tires-tu, et avec réussite… Quelle patiente enquête..

    Réponse

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