Le début

Je suis née dans les langes du communisme. L’espoir de nouveaux lendemains a rythmé mon enfance. Le dimanche, à l’intersection de la rue des Pyrénées et de la rue de la Cour des noues, aller vendre Pif gadget et l’Humanité Dimanche. Ils y croyaient tandis que je lisais Rahan. Les petits pois sauteurs, le seul gadget dont je me souvienne. Pour comprendre cette histoire, il faut saisir cet espoir qui les animés et devait changer le monde.

Mon père avait abandonné le catholicisme, son milieu. Mes grands-parents maternels avaient laissé leur culture, leur religion. Plus jamais apatrides, plus jamais juifs, plus jamais passants. L’identité au rencart, l’homme universel à la place. Mon grand-père me disait qu’être juif n’avait plus de sens, nous étions tous des hommes, des frères prêts à bâtir un monde nouveau à l’exemple de l’Union soviétique.

Réunions de cellules, fête de l’huma avec sa langouste de Cuba et la Cité des livres. Rêve d’une culture et de crustacés de luxe pour tous. On tenait le lapinodrome du XXème arrondissement, un stand de course de lapins. Et puis ils étaient antisionistes, bien sûr (pas les lapins, mais la famille).

Vous pouvez imaginer la claque, quand ils ont compris, quand ils ont rendu leurs cartes, quand ils ont vu le désastre. Ne restait plus rien pour se raccrocher. Fini l’Huma. Mon père s’est mis à lire le Monde. Mon grand-père a lu le Matin. Et quand le Matin a disparu, il a acheté Libé. « J’aime pas Libé », qu’il me disait. Restait plus grand-chose. Le socialisme et Mitterrand.

Déçus, trahis, éteints, voilà ce qu’ils ont été. Mon grand-père roumain, surtout. Il ne s’en est jamais remis.

Donc voilà, on avait largué la religion, largué l’identité et une fois que l’homme universel nous a largué, on s’est retrouvé comme des cons, comme des vases vides.

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10 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. liliplume
    Mai 20, 2013 @ 16:07:51

    roumain ? Mon grand père venait de bessarabie !

    Réponse

  2. BeB
    Mai 20, 2013 @ 19:40:36

    Peut-être voudras-tu te plonger dans l’atmosphère vécue par ton grand-père à travers le documentaire L’enfant (ceux qui le voient sont émus. Surtout s’ils sont originaires de Roumanie). Seul passage sur Paris : le dimanche matin à 11 h au Balzac, près des Champs-Elysées. Das Kind, long-métrage documentaire a obtenu le prix du meilleur film au Festival Européen du Film Indépendant.
    Je te recopie le résumé :
    Irma Miko naît en 1914 à Czernowitz dans l’Empire austro-hongrois. Promise à une brillante carrière de pianiste concertiste, elle rallie cependant la cause Communiste et milite dans les années trente à Bucarest, en Roumanie, où elle se forme au travail clandestin. Alors que la Roumanie plonge dans le nationalisme et l’antisémitisme, Irma, Juive, part en France enrôler des Brigadistes pour la Guerre d’Espagne. Quand les Allemands envahissent la France, Irma est à Paris et prend part à la Résistance des étrangers. On lui confie alors une mission des plus périlleuses : enrôler des soldats de la Wehrmacht dans la Résistance… Plus de 60 après ces faits, Irma, accompagnée de son fils André, entreprend un voyage intime à travers l’Europe à la recherche de ce passé dont elle est le dernier témoin.

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  3. eleonortrois
    Mai 22, 2013 @ 20:34:23

    L’art et la culture représentent ainsi des valeurs-refuge, quand les idéaux manquent…
    Les religions et autres convictions semblent nécessaire à l’être humain, ou alors il comble aujourd’hui sa peur du vide par la consommation matérielle et « temporelle » (jeux, télé, tout ce qui occupe sans nécessité de penser)

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  4. liconia
    Mai 24, 2013 @ 08:05:29

    Belle conclusion !!! J’y retrouve les miens !! Merci !!

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  5. Berthoise
    Mai 24, 2013 @ 18:56:09

    Rahan, le fils de âges farouches tiens j’en parle là http://berthoise.canalblog.com/archives/2009/04/15/13394217.html
    et puis la déception de communistes, je la comprends, l’idée était belle.

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    • seringat
      Mai 25, 2013 @ 09:42:03

      Comme toi j’ai adoré Rahan et porté le collier plastoc. Cela m’énerve tjs quand on met sur un pied d’égalité le nazisme et le communisme à cause du nombre de morts, aussi dramatiques des deux côtés. Ils militaient pour un monde un plus juste et sans discrimination, leurs intentions n’étaient vraiment pas les mêmes. Reste que très vite est apparu un diktat de la pensée : les auteurs que l’on pouvait lire, les chanteurs que l’on pouvait écouter…

      Réponse

  6. le-gout-des-autres
    Mai 29, 2013 @ 09:14:17

    Nous nous sommes tous retrouvés comme des cons.
    On a bien cru récemment voter pour un président de gauche.
    Finalement, c’était le même qui avait juste retiré sa Rolex…
    Heureusement, nous sommes des boîtes de Pandore, au fond il reste toujours l’espérance.

    Réponse

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