La peur

Après Montaigne, j’ai relu les Pensées et j’ai effectivement été frappée par leur pessimisme et la vision si négative de la condition humaine. De ma première lecture étaient restés avant tout la vibration de l’écrivain, le désarroi de l’homme. Le quitter ainsi ? Juste déçue. Je me suis réconciliée avec Pascal en tombant sur l’article XIV des Pensées philosophiques de Diderot. Voici le portrait qu’il en fait.

« Pascal avait de la droiture ; mais il était peureux et crédule. Elégant écrivain et raisonneur profond, il eut sans doute éclairé l’univers, si la Providence ne l’eût abandonné à des gens qui sacrifièrent ses talents à leurs haines. Qu’il serait à souhaiter qu’il eût laissé aux théologiens de son temps le soin de vider leurs querelles ; qu’il se fût livré à la recherche de la vérité, sans réserve et sans crainte d’offenser Dieu, en se servant de l’esprit qu’il avait reçu, et surtout qu’il eût refusé pour maîtres des hommes qui n’étaient pas dignes d’être ses disciples ! »

Je suis persuadée que Pascal se ment. Il est tellement persuadé du néant ou il a tellement peur de se trouver face à un Dieu irascible et injuste. Son histoire du pari est d’ailleurs complètement hallucinante. Comment peut-on parier l’existence de Dieu ? Comment peut-on ramener la foi à un pari, un calcul ? Au meilleur choix possible ?

Est-ce sa précocité ? la douleur et la maladie qui l’accompagnent ? Ses proches ? Il reste de lui l’écrivain, le raisonneur, et le doute car si il y en a bien un qui doute, plus fort que cent Montaigne réunis, c’est bien lui. Je rêve d’un Pascal libre et vibrant, revenu de ses peurs, scientifique et poète.

« Comme je ne sais d’où je viens, aussi je ne sais où je vais ; et je sais seulement qu’en sortant de ce monde je tombe pour jamais ou dans le néant, ou dans les mains d’un Dieu irrité, sans savoir à laquelle de ces deux conditions je dois être éternellement en partage. Voilà mon état, plein de faiblesses et d’incertitudes. » De la nécessité du pari 194

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3 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. whiterabbit
    Mai 06, 2013 @ 08:48:57

    Je suis tres reconnaissante a Pascal, grace a lui j’ai eu un 20 en poesie en 5e. Prevert, Paroles, Les paris stupides: Un certain Blaise Pascal…

    Réponse

  2. BeB
    Mai 10, 2013 @ 17:43:33

    J’ai lu que ses derniers mots furent « Puisse Dieu ne jamais m’abandonner » .
    L’ espoir et la crainte en même temps…

    Réponse

  3. Joe Krapov
    Mai 13, 2013 @ 19:29:01

    « en sortant de ce monde je tombe pour jamais ou dans le néant, ou dans les mains d’un Dieu irrité »

    Peut-être aussi que Dieu sera simplement un mec en train de ranger ses papiers dans son bureau et que ça emmerdera de voir débarquer une autre Auvergnat.

    – Adressez-vous à la réception !
    – Mais… Y’avait personne !
    – Saint-Pierre ! T’es pas encore en RTT !

    Réponse

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