A sauts et à gambades

Je voulais garder une cohérence avec le billet précédent mais hier, en allant chercher Mangagirl à la bibliothèque, je suis tombée sur Les Essais de Montaigne dans l’édition Classiques abrégés de l’école des Loisirs. Je suis bien incapable de profiter de l’intégralité du texte et je me plonge avec plaisir dans cette version resserrée,  dans un français modernisé et dont certaines tournures anciennes sont tout simplement traduites entre crochets.

Le chapitre De la solitude m’interpelle. En effet de quelle solitude y parle-t-on ? Probablement une solitude voulue, nourrie et bien entourée. « Il faut avoir femmes, enfants, biens et surtout de la santé, si l’on peut, mais non pas s’y attacher en manière que notre bonheur en dépende. Il faut se réserver une arrière-boutique toute nôtre, toute libre, en laquelle nous établissions notre vraie liberté et principale retraite et solitude. (…) Nous avons une âme contournable en soi-même (capable de dialoguer avec elle-même), elle se peut faire compagnie, elle a de quoi assaillir et de quoi défendre, de quoi recevoir et de quoi donner : ne craignons pas en cette solitude nous croupir d’oisiveté ennuyeuse : In solis sis tibi turba locis. (En cette solitude, sois un monde pour toi-même ».

Cet exercice, cette habitude ou sagesse à prendre serait une forme de vaccination en cas de solitude subie et nous préparerait à la perte de ce qui nous entoure : « Comme sans femme, sans enfants et sans biens, sans suite et sans valets, afin que, quand l’occasion adviendra de leur perte, il ne nous soit pas nouveau de nous en passer. »

Qui n’a pas rêvé d’un refuge, d’une bibliothèque chaleureuse, confortable avec un bon fauteuil et un bureau simple ? Savoir que les absents vont revenir. Entendre les bruits lontains et diffus des autres vivants. S’absenter mais pouvoir reparaître pour se réchauffer aux autres.

Dans un autre chapitre, Montaigne nous parle de son ami Etienne de La Boétie et il termine en disant « Depuis le jour que je le perdis, je ne fais que traîner languissant, et les plaisirs mêmes qui s’offrent à moi, au lieu de me consoler, me redoublent le regret de sa perte ».

Je n’ai pas de conclusion. Tout ce qui parait simple ne l’est finalement pas.

 

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2 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. eleonortrois
    Mar 26, 2013 @ 06:57:08

    Belle réflexion que tu nous fais partager ! J’ai détesté certaines périodes de solitude, enviant les personnes entourées de compagnons et enfants, j’avais l’impression que seule, je n’avais pas de « vraie vie »…maintenant très heureuse avec le Gars et notre fils, je tâcherai de conserver à l’esprit cette notion d’ « arrière-boutique » qui fait sens pour moi !

    Réponse

  2. BeB
    Mar 27, 2013 @ 21:21:42

    Ce que tu écris donne à penser encore et encore..
    – et c’est relié à ton billet précédent « Qui sait », comme tu le souhaitais – .
    Comme ce rêve – que je n’ai jamais fait. Je ne sais si je peux tenter de le faire.
    La perte des êtres, l’absence des êtres, c’est tellement du réel..

    Le film autrichien Le Mur invisible (adapté du roman de Marlen Haushofer), peu diffusé et pour peu de temps probablement, montre une femme, vivant une solitude soudaine, qui trouve la capacité de se relier à la nature où elle vit et aux bêtes rencontrées. Je ne peux t’en dire plus, ne sachant si tu seras tentée de te pencher sur le film ou le livre, sauf que cette femme vivra d’autres absences qui approfondiront son ressenti et lui feront écrire des mots forts.

    Réponse

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