Frayeur

Vendredi après-midi nous sommes allés en sortie au Musée d’art moderne de Beaubourg pour suivre une visite guidée autour de l’objet. J’ai d’abord eu, ce que je pensais être, une bonne idée : à savoir demander à mes élèves de se mettre tout seul par rangée dans le car. J’espérais réduire ainsi le niveau sonore. Erreur ;  certains poussaient des cris déchirants pour appeler leur alter ego, d’autres comblaient le vide qui les séparait en parlant très fort. J’ai même eu des visions : il m’a semblé que certains n’étaient plus attachés avec leur ceinture, puisqu’ils étaient debout, voire carrément dans l’allée centrale du car. Un parent proche du lieu de mes visions (le fond du bus, j’étais devant avec ceux qui ont envie de vomir) m’a confirmé qu’ils étaient bien attachés mais toujours mobiles.

A part ces petits accrocs dans l’espace,  le décor extérieur était gris et bleuté.  Le long des quais, Paris déroulait sa beauté majestueuse et froide. Arrivés à Beaubourg, nous avons eu la chance de pouvoir prendre les escalators pour monter au quatrième étage. C’est si joli et si différent, comme une peinture naïve avec tous ses toits gris, ponctués de touches d’or.

Pendant la visite, les élèves se sont montrés intéressés. Certains vite lassés. J’aime bien les voir se révéler autour de quelque chose de nouveau. Nous nous sommes arrêtés autour d’oeuvres de Tinguely, Miro, Calder, Duchamp et Rauschenberg. La conférencière était très bien, même si elle a fini par les trouver  « ultra indisciplinés ». J’ai bien aimé ce terme même si il était un peu exagéré. Difficile en effet de ne pas toucher les socles, de s’asseoir tout proche sans pouvoir y poser le doigt. Furtivement, sans que les adultes voient. Combien de tentatives avons-nous réussi à contrecarrer ? Pour tout dire, ils ont été assez mignons sauf mes 8 bulles effervescentes qui pétillaient, inépuisables.

J’ai juste eu une grosse frayeur. Nous avons travaillé en classe autour d’une peinture d’Alechinsky l’Arbre. En revenant sur nos pas pour quitter le musée, j’ai entendu un grand cri mal retenu « Maîtresse, y’a un tableau d’Alechinsky » et, dans la continuité d’un visage radieux, j’ai vu un doigt qui touchait un immense tableau blanc et noir. Compliqué d’être maîtresse : entre le « Purée nom de diou, combien de fois j’ai dit qui fallait pas toucher aux œuvres » et « Bravo, c’est bien ça », je ne me souviens même plus de ce que j’ai dit.

Voilà, après un passage épique aux toilettes où il a fallu patienter (quelle signification à ce mot pour  27 enfants de 7 ans remplis d’allégresse et de liberté dans le hall de Beaubourg et de surcroît un vendredi après-midi par temps de neige ?), nous sommes revenus heureux à l’école. Il ne me restait plus qu’à prendre le métro avec Mangagirl pour aller chez l’orthodontiste, puis un petit détour par le conservatoire pour terminer fourbue dans mon lit.

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4 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. berthoise
    Jan 19, 2013 @ 18:49:16

    Bel exploit !
    J’aime beaucoup Alechinsky.

    Réponse

  2. mab
    Jan 20, 2013 @ 09:33:14

    Vive la culture et les enseignants courageux.

    Réponse

  3. BeB
    Jan 20, 2013 @ 21:42:39

    A la première lecture, ce matin, je n’avais pas remarqué ta phrase « nous sommes revenus heureux à l’école » – accrochée que j’étais à tes péripéties. Ainsi l’ énergie que tu as mise dans l’aventure aura servi à quelque chose…Une belle satisfaction…

    Réponse

  4. lili plume
    Jan 20, 2013 @ 22:00:12

    fourbue ? Je veux bien le croire !

    Réponse

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