A madame Marsollier

Il s’est approché de moi parce que j’étais sa fille. Il a éprouvé le besoin de venir me parler. Sur le coup je n’ai  pas tout de suite compris. Il avait à peu près mon âge, les cheveux bruns, un visage régulier. Il m’a dit :

« C’est ma grand-tante qui m’a raconté l’histoire de votre mère. Elle m’a expliqué qu’elle avait caché une petite fille juive pendant la guerre. Cette histoire m’a toujours fasciné et j’étais très heureux de rencontrer votre maman. »

J’ai senti que cette histoire avait quelque chose d’important pour lui, quelque chose qui était plus important que pour les autres membres de sa famille.

Dans un témoignage écrit de ma mère, je lis que c’est lui qui l’a reconnue à l’enterrement de sa grand-tante, de « maman Suzanne » comme l’appelait ma mère. Il est venu vers elle en lui disant « Je sais qui vous êtes. » et elle lui avait répondu en rigolant « Vous ne pouvez pas me connaître vous avez l’âge de mes filles ». « Si, vous êtes D., la petite fille juive que ma grand-tante a cachée pendant la guerre ». A partir de ces mots, ma mère a eu une sorte de déclic. Elle n’avait pas vécu chez « maman Suzanne » par une sorte de chance heureuse. Non, cette femme savait très clairement ce qu’elle faisait, à quoi elle s’engageait. Cette femme prenait un risque, quelqu’un du village aurait pu la dénoncer.

Ma mère a alors décidé  de constituer un dossier pour lui faire remettre la médaille des Justes parmi les Nations.

Onze ans après sa mort, Madame Marsollier a reçu la médaille des « Justes parmi les Nations » après une cérémonie heureuse qui réunissait nos familles, les habitants du village, un député, un maire et divers représentants. F. est assis à côté des arrières-petits-enfants de Madame Marsollier. A. doit être dans sa poussette. C’est une grande émotion, une grande fête. Les élèves de CM2 et leur enseignant se sont inspirés de cette histoire pour écrire et monter une pièce de théâtre.

Quelles traces restera-t-il à chacun de tout cela ?

Bizarrement le passé n’a pas de fin. Il n’est ni complet, ni linéaire, ni exact.

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7 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. le-gout-des-autres
    Déc 26, 2012 @ 06:06:50

    « Bizarrement le passé n’a pas de fin. Il n’est ni complet, ni linéaire, ni exact. »

    Il est juste indélébile…

    Réponse

  2. mab
    Déc 26, 2012 @ 07:31:08

    Très émouvant!

    Réponse

  3. BeB
    Déc 26, 2012 @ 10:13:44

    J’ai vu qu’une rue de ce village porte son nom et j’ai regardé quelques photos déposées par ta maman au Mémorial de la Shoah – un fascicule de 8 pages, que tu connais sans doute. Des traces visibles. Mais que de traces, moins visibles, dans ce labyrinthe…Et toi, qui laisses à ton tour des traces…

    Réponse

  4. heure-bleue
    Déc 26, 2012 @ 10:39:20

    je suis allée marché dans l’Allée des Justes à Jerusalem, je suppose que tu connais, la boule au ventre aussi….

    Réponse

  5. heure-bleue
    Déc 26, 2012 @ 10:40:02

    je suis allée marcher dans l’Allée des Justes à Jerusalem, je suppose que tu connais, la boule au ventre aussi….

    Réponse

  6. lili plume
    Déc 26, 2012 @ 14:56:16

    ces Justes qui sont l’honneur de la France

    Réponse

  7. le-gout-des-autres
    Déc 27, 2012 @ 05:47:40

    J’ai oublié de te dire: j’ai aimé l’écriture de ce billet.

    Réponse

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