Pauvre type!

Je viens de relire Andromaque.  Dans l’acte II scène II, Oreste amant dédaigné se présente de nouveau au bourreau de son cœur, à savoir Hermione. Elle lui laisse espérer qu’elle aurait eu le souhait de le voir…

Oreste

Souhaité de me voir ! Ah ! divine princesse…

Mais de grâce, est-ce à moi que ce discours s’adresse ?

Ouvrez vos yeux : songez qu’Oreste est devant vous,

Oreste, si longtemps l’objet de leur courroux.

 

En exergue, à droite de la réplique est écrit « pauvre type ! ».

C’est une remarque de ma mère laissée au plume noir. Sur la première page est écrit son nom de jeune fille, 2e B, 1954.

J’ai toujours gardé et utilisé les anciennes éditions. Celles de théâtre et de poésie. Il faut que je trouve un « réparateur de livres ». Nos premières émotions sont contenues dans ces pages élimées et jaunies. Elles n’ont pas exactement la même saveur ailleurs.

Relecture d’Andromaque. Lecture nouvelle car, heureusement pour nous, les textes s’oublient. On se souvient vaguement de l’histoire, de quelques répliques cultes :

Pyrrhus

Me cherchiez-vous, madame ?

Un espoir si charmant me serait-il permis ?

Andromaque

Je passais jusqu’aux lieux où l’on garde mon fils.

Puisqu’une fois le jour vous souffrez que je voie

Le seul bien qui me reste et d’Hector et de Troie,

Oreste

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes

J’ai relu Andromaque avec la même impatience romanesque qu’Autant en emporte le vent. Impatiente d’en savoir toujours plus.

Je l’ai relu pour nourrir une future dissertation sur le rapport maître /valet. Fanfan qui le lit en même temps que son fils me dit que le valet est un confident, fil rouge du texte. C’est vrai, les héros tragiques sont désincarnés, ils n’ont pas besoin de valets. Au diable la toilette et les besoins du corps, seul le discours compte et la passion a besoin d’un confident. La scène I de l’acte IV  résume bien ce lien indéfectible entre le maître et son serviteur dans cette tragédie. Ici Andromaque et Céphise :

Andromaque

O ma chère Céphise !

Ce n’est point avec toi que mon cœur se déguise :

Ta foi, dans mon malheur, s’est montrée à mes yeux ;

Mais j’ai cru qu’à mon tour tu me connaissais mieux.

Quoi donc ? As-tu pensé qu’Andromaque infidèle

Pût trahir un époux qui croit revivre en elle ;

(…)

Je vais donc, puisqu’il faut que je me sacrifie,

Assurer à Pyrrhus le reste de ma vie

Je vais, en recevant sa foi sur les autels,

L’engager à mon fils par des liens immortels.

Mais aussitôt ma main, à moi seule funeste,

D’une infidèle vie abrègera le reste ,

(…)

J’irai seule rejoindre Hector et mes aïeux.

Cephise, c’est à toi de me fermer les yeux.

Céphise

Ah ne prétendez pas que je puisse survivre…

Andromaque

Non, non, je te défends, Céphise, de me suivre.

Je te confie à tes soins mon unique trésor :

Si tu vivais pour moi, vis pour le fils d’Hector.

De l’espoir des Troyens seule dépositaire,

Songe à combien de rois tu deviens nécessaire.

Je referme le Classique Larousse. La page de couverture s’est détachée une nouvelle fois. Trouver une solution pour garder ce livre en vie.

 

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3 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. le-gout-des-autres
    Nov 29, 2012 @ 09:06:58

    Et toujours cet immuable aphorismet, que tout lycéen connaît:
    « Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui Aime Andromaque qui aime Hector qui est Mort »…

    Réponse

  2. seringat
    Nov 29, 2012 @ 20:01:48

    Quelle mémoire! Les Feux de l’amour antique…

    Réponse

  3. le-gout-des-autres
    Nov 29, 2012 @ 20:28:33

    La mémoire, c’est mon truc…

    Réponse

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