Première lettre

Le 12 septembre 1980, j’écris :

Chère Anne (Franck)

J’ai le cafard. Dans 4 jours c’est la rentrée. Je passe en sixième à Maurice Ravel. Quand je me suis retrouvée à Paris j’ai commencé à m’ennuyer. Vivre en appartement jusqu’aux autres grandes vacances c’est dur. Je me suis engueulée avec ma mère pour une jupe écossaise qui est d’une couleur affreuse. Je te quitte car je dois aller surveiller le riz.

M. qui t’aime.

J’ai dix ans presque onze. La lecture du journal d’Anne Franck m’a éveillée. Ce n’est pas tant l’histoire dramatique de cette jeune fille qui m’a bouleversée que toutes ses émotions, désirs, espoirs, confidences. Anne Franck me fait entrer dans ce que ma fille appelle aujourd’hui « tes vieux classiques ».

Ecrire à Anne fut une évidence. Elle seule pouvait me comprendre et m’écouter. Ses mots étaient les miens. J’écrivais en secret, souvent la nuit. Cette correspondance dure deux ans puis j’écris à une amie qui me restitue ensuite mes lettres. En terminale, j’arrête d’écrire. C’est fini. Plus un mot.

Les textes des auteurs et l’écriture ont été à la fois un havre de paix et une tempête. Comment conserver tout cela, il fallait écrire. Comment écrire dans le vide, il fallait lire. Tout y passait.

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5 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. BeB
    Sep 13, 2012 @ 23:22:16

    Je ne peux m’empêcher de faire le lien entre ta vie d’enfant et celle de maintenant ; tu écrivais ; tu renoues en cette période de ta vie avec l’écriture.. il est dit que la vie nous fait passer parfois par là où nous sommes déjà passés et que nous sommes tentés de revivre les émotions passées, mais à une toute autre échelle et tout à fait différemment. Adulte, tu reprends une correspondance avec un destinataire indéterminé, toi, Anne Frank peut-être toujours présente, Kitt, des inconnus croisés ou imaginés, qui te lisent ou te liront, la liste est peut-être plus longue que je ne pense…
    Et nous. Devenus d’une certaine manière tes clandestins, comme elle appelait ceux cachés auxquels elle lisait quelques-uns de ses écrits. Evidemment, sans subir les menaces auxquels ils furent confrontés en ces temps-là.

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  2. heure-bleue
    Sep 14, 2012 @ 10:38:09

    A ton âge, j’étais Anne Frank, plus tard, je suis allée visiter sa maison juste pour voir l’arbre, celui qu’elle voyait de sa cachette…

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  3. BeB
    Sep 14, 2012 @ 19:43:09

    Peut-être connaissez-vous le square Anne Frank impasse Berthaud (Paris 4ème, métro Rambuteau) avec son arbre issu de l’un des marrons prélevés en 2005 sur l’ arbre que voyait Anne F. ..A gauche, après avoir passé l’entrée. .J’apprécie la tranquillité de ce jardin (un peu troublée, il est vrai, à l’heure de la sortie d’école, et au fond du jardin, par les bambins mais alors il devient très vivant..).

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  4. heure-bleue
    Sep 14, 2012 @ 20:03:06

    Je le connais, c’est mon ancien quartier, à l’époque, je fréquentais un restaurant qui s’appelait le Hangar…

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  5. liliplume
    Sep 16, 2012 @ 20:39:17

    la lecture d’anne franck nous a bouleversées, toutes

    Réponse

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