En passant par Landau

De Modigliani à Soutine en passant par Landau. Voilà ce qui aurait dû être le titre exact de cet article mais point sûre qu’il rentre dans le cadre.

Donc n’hésitez pas à aller voir avant le 22/09 cette exposition à la Pinacothèque de Paris. Intéressante car on y explique la génèse d’une collection celle de Jonas Netter. Comment dans l’entre-deux guerre, cet amateur, riche, mais pas assez pour acheter des Impressionnistes s’est mis à devenir un mécène pour des peintres moins connus dont Utrillo, Valladon, Modigliani, Soutine… et certainement beaucoup d’autres encore mais qui connaîtront moins de prospérité. Sont affichés les extraits de lettres  d’artistes qui montrent qu’en échange de moyens de subsistance, d’encouragements, ils paient en dizaine de toiles.

Evocation aussi de Montparnasse, de ces cafés célèbres, de cette vie artistique, festive, internationale, rendue également avec moins de bonheur dans Minight in Paris de Woody Allen.

J’y ai redécouvert Utrillo (probabalement quelque part à Orsay mais écrasé par la puissance des autres), Suzanne Valladon (sa mère). Difficile de rester insensible à la petite fille en bleu de Modigliani. De Soutine, j’avais déjà vu le boeuf, j’ai découvert ses portraits et d’autres natures mortes.

Et puis je suis arrivée à la salle Landau, Zygmunt Landau. Etait-ce lui?  J’ai regardé les dates : Lodz 1898, Tel Aviv 1962. Non, cela ne pouvait être lui. Landau est un nom très commun. J’avais pensé au frère d’un de mes grands-pères, établi à Rio de Janeiro et qui a vécu de sa peinture. Ces Landau-là ont quitté la Bessarabie dans l’entre-deux guerre, l’un pour la France, l’autre pour le Brésil. Bien plus tard, dans les années 80, nous nous sommes rendus au Brésil pour rendre visite à cette partie de la famille. J’avais 10 ans. Tu t’en souviens? Dans l’avion, un DC8 tu m’as giflée, j’avais vu un autre avion dans le ciel, tu pensais que je disais cela cela pour te faire peur.

Aussi lorsque j’ai lu Les Disparus de Daniel Mendelsohn et regardé le cahier photo, l’image de ce personnage, le pantalon retroussé, les pieds dans l’eau, sur la côte australienne m’a particulièrement émue. J’ai pensé au frère de mon grand-père sur les plages de Copacabana ou d’Ipanema. Pour vous expliquer; dans sa longue recherche, Daniel M. retrouve quelques personnes ou connaissances de sa famille qui ont émigré un peu partout dans le monde.

Regardez cette image. Ils n’ont pas l’air très à l’aise, très acclimatés. Ils ont un petit air de famille avec Woody. Ce qui m’a émue, c’est aussi le texte de Daniel M. Je saurai vous le retrouver mais je n’ai pas le livre. Pendant qu’il fixe ces images avec son photographe, un jeune surfeur australien passe, se retourne, et se demande ingénument quel doit bien pouvoir être l’intérêt de photographier ce type âgé un peu pataud, avec son pantalon retroussé, les pieds dans l’océan. Et Daniel Mendelsohn répond, ce ne sont pas ses mots mais leur sens : que pouvait-il comprendre? C’étaient les derniers morceaux de quelque chose qui s’est cassé dans cette Europe de l’Est et ces morceaux qui restent, les derniers, plantés aux quatre coins du vent, insolites, un peu semblables, nous touchent, et peut-être plus particulièrement ceux qui descendent des Disparus.

Bonne route à toi, lecteur.

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9 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. le-gout-des-autres
    Août 26, 2012 @ 14:04:29

    Je déteste la Pinacothèque. Les salles y sont trop petites (compare ça avec les salles du musée de Tel-Aviv on y respire de l’air qui a été vessé six fois.
    Bref, je préfère aller voir dans d’autres musées.
    Au MAHJ par exemple, l’expo « Les juifs dans l’orientalisme » est une petie merveille dans son genre.
    C’est passionnant.
    Mais assez bordélique pour qu’on se croie en Israël, c’est dire…

    Réponse

  2. le-gout-des-autres
    Août 26, 2012 @ 14:05:27

    Si tu pouvais ajouter le « v » qui manque à la fin de Tel-Aviv, ce serait gentil.

    Réponse

    • seringat
      Sep 05, 2012 @ 07:59:57

      Le Goût, excuse-moi mais j’ai mis du temps à comprendre que je pouvais faire une modif sur un commentaire et donc je ne comprenais à qui tu t’adressais qaind tu demandais de corriger Tel Aviv, je progresse.

      Réponse

  3. lemière
    Août 26, 2012 @ 16:47:16

    Hé! Moi qui voulais te proposer « l’aventure de Montmartre », tu m’as coupé l’herbe sous le pied! Bon, tu sais ce qui me ferait très plaisir, ce serait de visiter la cité de l’architecture,au Trocadero, ou bien la maison de Victor Hugo (expo 150 ans des Misérables.

    Réponse

  4. BeB.
    Sep 05, 2012 @ 07:24:43

    En temps ordinaire : 22 tableaux de Soutine et 10 d’Utrillo à l’Orangerie des Tuileries. Expo prévue en octobre prochain : Chaïm Soutine. L’ordre du chaos, du 3 octobre 2012 au 21 janvier 2013, musée de l’Orangerie.
    L’été ne m’incite pas trop à visiter les musées – plutôt les jardins…- mais j’ai aussi pris l’air de cette Pinacothèque sans fenêtre, c’est une des expositions que je ne voulais pas manquer…

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  5. seringat
    Sep 05, 2012 @ 07:56:46

    Beb, merci pour l’info Soutine en plus j’aime bien l’Orangerie, j’y ai vu Debussy récemment, sans musique, un peu dommage, je crois qu’on en avait parlé.

    Réponse

  6. BeB.
    Sep 06, 2012 @ 20:38:30

    Bizarres expositions de nos jours, sans ceci et avec cela…
    Oui, on avait parlé de l’expo Debussy dans laquelle on se serait bien promenées en écoutant un peu de musique…
    Cela me fait penser à l’exposition des encres de Victor Hugo à la Maison de Victor Hugo, pratiquement dans l’obscurité (l’expo s’intitulait je crois « dans le noir »…c’est dire) : sans aucune légende sous les oeuvres (on nous remettait un papier avec les légendes, il fallait s’approcher des encres, un tout petit peu éclairées, pour pouvoir lire ledit papier ; par contre l’expo se visitait dans un brouhaha de voix – des acteurs interprétant Victor Hugo, Juliette Drouet et Cie. Très perturbant. Je n’ai pu m’empêcher de dire ce que je pensais sur le cahier mis à la disposition des visiteurs..- je n’étais pas la seule à trouver tout cela bizarre.

    J’ai oublié de dire que bien sûr Modigliani est aussi en permanence à l’Orangerie – et le sera encore plus dans un (grand) bout de temps : suis tombée tout à fait par hasard sur l’ annonce d’une expo de ses sculptures à partir du 1er janvier de l’année… 2014 !! Affaire à suivre..(ai hésité à l’écrire parce que l’on est en 2012 et que je n’ai pas envie de penser à une autre année. Vous tous aussi sans doute…

    Réponse

  7. BeB
    Sep 09, 2012 @ 09:54:42

    Echo (à la photo de l’homme au pantalon retroussé « noyé dans l’océan » et les « traces dans le minuscule »), rencontré ce matin :

    Colombe Schneck, « La réparation », Grasset, 224 p., 19.90 euros. Sortie le 22 août 2012.
    « Je cherchais dans ma vie d’aujourd’hui des traces de ce passé et n’en voyais que des effets minuscules, je cherche ici les mêmes traces, je les vois partout. Dans les silhouettes de travailleurs sur le tarmac de l’aéroport, dans celles des femmes à cabas sortant des maisons en bois de la rue Democraty, dans ces adolescentes assises sur un monument à la signification vague, dans le visage de ces hommes impuissants qu tentent d’oublier qu’ici personne n’a tué et n’a été tué« . p. 207.

    Réponse

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